Reportage

Qatar, terre de contrastes

Dix jours pour découvrir le Qatar, ses chantiers pharaoniques, sa culture et son mode de vie. Dix jours pour échanger avec des chefs d’entreprise, mais aussi des étudiantes et des professeur-e-s de l’université, et changer son regard sur ce petit pays aux ambitions planétaires. C’est l’expérience vécue par la vingtaine de jeunes femmes, étudiantes, ingénieures ou professeures en Ingénierie et architecture de la HES-SO au tournant de l’année 2012. Sans oublier leur saut de puce à Dubaï, la ville la plus importante des Emirats arabes Unis (EAU).


 

A peine débarquées, plongeon immédiat dans la réalité technique du pays et ce qui va accompagner le groupe tout au long de ses visites, le souci de la sécurité. Pas moyen de faire un pas dans une entreprise ou sur un des gigantesques chantiers de Doha sans passer par la case équipement de protection. Au risque de se voir affubler de chaussures démesurément grandes, aucune des participantes n’ayant voulu sacrifier quelques kilos de bagage pour emporter des souliers de sécurité, lourds et imposants. 

Le groupe comprend d’emblée qu’à Doha, toute l’activité économique tourne autour de la construction. Des quartiers entiers sont en train de sortir du sable, et il faut bien alimenter les bâtisseurs en matériaux. Les cimenteries fonctionnent à plein régime et des entreprises ont trouvé là leur raison d’être : fabrication, tri des différentes qualités, analyses de matériaux très poussées, transport.
Dans le quartier de M’schreib, le gigantisme des projets en cours saute à la figure de visiteuses médusées. Jamais elles n’ont vu, ou même imaginé une telle surface de chantiers simultanés. Où que le regard se porte, ce n’est que trous béants, coffrages et grues. Des maquettes fort bien présentées permettent de se faire une idée de cette future partie de Doha, moderne et luxueuse.

Lusail, ville du futur
Pareil le lendemain avec une incursion à Lusail, “ Smart city“, the city of your dream″,  comme le clame la vidéo publicitaire de style futuriste, qui dévoile petit à petit l’ampleur de ce projet : 38 km2 comprenant 4 îles artificielles, 19 quartiers répartis entre résidences, appartements et villas de luxe, pouvant  accueillir 200’000 habitants, commerces, supermarchés, centres de loisirs et infrastructures publiques telles qu’une école, un hôpital, des espaces verts ou des aires de jeu.

 

Les futures ingénieures et architectes apprécient les systèmes innovants et de haute technologie qui permettront la construction d’une centrale électrique, complétée par des mini-centrales souterraines, un réseau de distribution de gaz, un système pneumatique de traitement des  déchets, une station d’épuration souterraine,  et un system de climatisation performant offrant un environnement tempéré avec un minimum de consommation d’énergie.


La construction de cette ville, liée à l’organisation de la Coupe du Monde de football de 2022 puisqu’on y accueillera les équipes et leurs fans, est également l’occasion de doter Doha d’un réseau de transports en commun indispensable à l’accueil de ces centaines de milliers de visiteurs. Métros souterrains, trams, bus, bateaux-taxis assureront la liaison entre les différents quartiers et la ville. Les chemins de fer ne sont pas oubliés puisque des trains à faible consommation relieront le Qatar à ses voisins du Golfe.

 

Et l'écologie dans tout ça ?
Et l’écologie dans tout ça ? Aux dires de M. Magdy Youssef, directeur du complexe, les constructeurs de Lusail sont fiers que leur projet soit le premier au Qatar à répondre aux standards de système de développement  durable (Qatar Sustainability Assessent System). Des normes développées en premier pour le Qatar et qui ont pour objectif de bâtir des quartiers urbains confortables mais durables, en réduisant les impacts environnementaux.
Les regards des étudiantes suisses expriment leur scepticisme.. Mais comment persuader un pays assis sur des gisements gigantesques de gaz et voulant développer son économie, de la nécessité d’intégrer le souci de protection de la planète ? Avec cette source d’énergie à portée de main et bon marché, luxe, volupté, confort l’emportent sur toute autre considération. 

Voitures: grandes et luxueuses
Dans ce climat chaud, invivable en été, les visiteuses en auront d’autres exemples comme ces parasols, conçus spécialement pour offrir un abri de 10 degrés inférieur par rapport à la température ambiante ou cet hippodrome entièrement à l’air conditionné ! D’ailleurs, les qataris n’ont pas hésité à prévoir des stades de football de 40'000 places entièrement climatisés, impossible aux hommes comme aux chevaux de faire du sport à l’air libre en été. La visite des l’importateur de voitures Mannaï confirme cette tendance : les qataris aiment les grosses voitures, sûres et luxueuses et les familles en possèdent 12 en moyenne.
On parle ici bien entendu des familles qataries de souche, très minoritaires sur le territoire (20% de la population) et au niveau de vie très élevé. Elles seules bénéficient de certains avantages de l’Etat comme l’éducation ou la santé gratuites. Et tirent aussi profit de la règle voulant qu’un investisseur ou entrepreneur étranger ne puisse pas acheter un bien au Qatar. Les habitants d’origine doivent posséder plus de la moitié des parts d’une entreprise et en retirent bien sûr des bénéfices.
Les 80 autres pour cents des habitants sont des dirigeants, cadres d’entreprises étrangères, ou des ouvriers venus principalement d’Asie du Sud-est sur la presqu’île arabe pour trouver un emploi. Lors de la visite d’un parking immense et neuf, qui a exigé l’investissement financier de 1.8 Billion riyal Qatari (environ 446 Millions de francs suisses) et l’engagement de 170 000 employé-e-s dont 70% d’ouvriers asiatiques, les suissesses insistent et réussissent à visiter un « camp », ainsi qu’on appelle les logements d’ouvriers (Voir article sur cette visite).

Nouvel An dans le désert
Loin de la technique et des tours du centre de Doha, c’est dans le désert que le groupe passe le cap vers 2013. Contraste, à nouveau, entre la ville et cette étendue de sable, où les chauffeurs ont plaisir à faire peur aux visiteuses dans de vertigineuses descentes de dunes. La dernière soirée de 2012 se passe près de la mer, dans un beau moment d’échanges et de sereine détente, après un bain pour les plus courageuses. Le voyage permet de découvrir un pays et sa culture mais aussi d’apprendre une vie de groupe avec des inconnues. Un défi relevé avec maestria par les participantes, qui ont trouvé quelques amies dans l’aventure.

Toutes se souviendront de l’accueil et de la gentillesse des gens qui les ont accueillies dans les entreprises, de la vie cosmopolite de Doha qui ne semble poser aucun problème de cohabitation et donne l’occasion de goûter à la nourriture du monde entier, chez des traiteurs ou dans les petits restaurants du souk. Du privilège aussi, de voyager autrement qu’en pures touristes, et ainsi d’avoir accès aux gens qui vivent et travaillent sur place, que ce soit lors de la journée de visite et d'échanges à l’université, dans les entreprises ou à la toute nouvelle ambassade de Suisse, guidées par un consul très disponible.

 

Au-delà des clichés

Les échanges avec les femmes de Doha resteront particulièrement dans les mémoires, car ils ont permis d’aller au-delà des clichés européens sur la vie des femmes en pays musulman. Au Qatar, les femmes sortent « entre filles », elles travaillent, étudient, conduisent.

 

 

 

En fin de voyage, le court passage à Dubaï sera plus touristique, faute de temps, avec les incontournables : la tour Burj Khalifa, la plus haute du monde à ce jour, l’aquarium géant et le Mall, si grand qu’il abrite une piste de ski ! Une voyageuse s’y essaie, beaucoup se posent des questions sur sa pertinence. Faut-il privilégier l’écologie ou l’emploi ? Et comme pendant toute la durée du voyage, le débat sera enrichissant.

Btissam Mourid St-Pierre