Portrait d'architecte
Rania Khalil, entre identité et ouverture sur le monde
Rania Khalil vient d’un milieu conservateur qui tient beaucoup à sa culture arabo-musulmane, mais qui l’a toujours encouragée et soutenue au même titre que ses frères, pour aller plus loin dans ses études. Rencontre passionnante avec cette égyptienne, professeure d’architecture et d’urbanisme à l’université du Qatar.

Depuis toute petite, Rania Khalil se montrait très curieuse et avait soif d’apprendre. Du coup, elle se retrouvait régulièrement parmi les meilleur-e-s élèves de sa classe, dans toutes les matières, autant scientifiques que littéraires. Une de ses motivations consistait à ne pas se laisser distancer par son frère, étudiant brillant du même lycée, voire à le dépasser.
A la fin de ses études secondaires, Rania n’a pas hésité trop longtemps, elle savait exactement ce qu’elle voulait faire, comme elle l’explique avec une certaine fierté :
« en 1992, j'ai rejoint l'école d'ingénierie à l'Université du Caire dans le département prestigieux d’architecture. J’avais toutes les capacités nécessaires, en plus d’une grande motivation pour entamer une telle carrière. L’admission était très sélective, et même si j’avais un très bon dossier scolaire, j'ai pris des cours privés de dessin et de dessin industriel pour renforcer ma candidature et augmenter mes chances d’être acceptée. C’était mon choix, ma famille ne comptait aucun-e architecte, j’en suis ravie et j’essaie de transmettre ma passion à mes étudiant-e-s. »
Rania va effectuer un parcours académique sans faute au sein de cette même université et obtient son Bachelor, son Master, puis son doctorat en 2003. Pendant ses études, elle occupait un poste d’assistante et elle a réalisé qu’elle aimait beaucoup enseigner. Le contact avec les étudiant-e-s, le partage des connaissances et la collaboration entre chercheurs/ chercheuses lui plaisaient beaucoup.
Expérience "dans le terrain"
Toutefois, elle tenait absolument à vivre une expérience sur le terrain, en dehors des projets et des mandats réalisés pour l’université. D’une part pour apporter l’aspect pratique à l’enseignement; d’autre part, pour affirmer son choix de carrière. Rania est du genre à faire les choses dans leur globalité et à se donner les moyens pour y arriver.
En 2007, elle part aux États-Unis et poursuit sa carrière en tant que programmeuse & planificatrice, au sein d’une grande compagnie de construction à Houston, Texas. « J’y ai acquis une expérience solide dans la stratégie de portefeuille et de planification de projets. J’ai eu l'occasion de travailler avec des équipes pluridisciplinaires d'architectes, d’urbanistes, d’ingénieur-e-s, d’artistes et autres consultant-e-s. J’ai ainsi appris à coordonner, d’une manière exhaustive, des solutions de conception intégrée.»C’était une expérience très enrichissante, néanmoins, Rania Khalil
décide de renouer avec l’enseignement ; c’est confirmé, c’est le métier
qu’elle aime exercer. En 2010, elle intègre l’université du Qatar au
département d’architecture & urbanisme, grâce à sa double
expérience, pratique aux Etats-Unis, académique en Egypte.
«Ici au Qatar, j’apprécie beaucoup l’environnement multiculturel de
travail, où je peux mettre à profit mes compétences et contribuer au
développement du pays. Actuellement, un des axes de mes recherches
concerne le développement d’un réseau de transit régional. Je
m’intéresse également aux technologies et approches pour un
développement durable » s’enthousiasme-t-elle.

Intriguée par son port de voile, j’ai osé lui demander si ce code vestimentaire affichant son appartenance religieuse n’était pas un obstacle pour sa carrière aux USA. « Quand vous êtes talentueuse, avec des qualifications en dessus de la moyenne, et si vous respectez la façon d’être des autres et n’imposez pas la vôtre, la couleur de votre peau ou votre façon de vous habiller n’a aucune importance ni influence sur l’évolution de votre carrière, du moins aux USA, en Egypte et ici au Qatar.» répond-t-elle avec un certain amusement. Et elle ajoute : « je crois profondément que conserver son identité et s’ouvrir sur le monde font bon ménage. »
Il faut dire que derrière ce visage doux et ce sourire bienveillant, se dégagent une fermeté redoutable, une volonté de fer et un caractère bien trempé !
B'tissam Mourid St-Pierre