Portraits d'étudiante

Finlande_Anita_DurandAnita Durand, 24 ans, La Chaux-de-Fonds, 3e année HE-ARC
Filière design industriel


Rien ne prédestinait la jeune fille de La Chaux-de-Fonds à embrasser des études d’ingénieure. Bonne élève, elle avait choisi les langues et passé une maturité gymnasiale dans le but de poursuivre à l’Université. Anita commence donc des études de psychologie, mais c’est vite la déception : « je ne m’y plaisais pas : A 300 dans un amphithéâtre, tout était très impersonnel et la matière tellement théorique, j’ai renoncé au bout d’un an ». Anita décide de profiter de ce coup d’arrêt imprévu pour prendre le temps de réfléchir à son avenir, tout en travaillant dans un restaurant.
Elle s’intéresse à la Haute Ecole d’arts appliqués mais se rend compte que vivre de sa créativité lui mettrait trop de pression.
«  Mon ami me parle alors de la filière design industriel de la HE-ARC. Je me renseigne et y trouve le point de rencontre entre mes deux besoins: avoir des bases solides et exprimer ma créativité », explique la jeune femme. Anita n’est pas déçue : elle trouve dans la filière design industriel des outils à mettre au service de son expression créatrice, tout en apprenant un métier par le concret.
Son avenir ? Défendre son travail de bachelor, réalisé pour le service médical des CFF, puis chercher un travail. N’importe quel domaine lui conviendrait, mais dans sa région de La Chaux-de-Fonds, « donc ça risque fort d’avoir un rapport avec l’horlogerie ! » sourit-elle.

A moins que son coup de cœur pour la Finlande et la découverte de l’entreprise Lappset, ouverte à l’engagement de stagiaires, ne l’éloignent finalement un peu de sa région natale, pour passer quelques mois à Rovaniemi…

Que vous apporte un tel voyage pour votre vie d’ingénieure ?
« Ce voyage a d’abord été pour moi un moteur qui m’a apporté beaucoup de motivation durant les dernières semaines de mes études. La Finlande est depuis longtemps un pays dont je rêve, et réaliser un rêve, ça n’arrive pas très souvent. Je ressors de ce voyage encore plus fascinée qu’avant, et encore plus amoureuse de ce pays fantastique ! Je reviens avec une seule idée en tête : y retourner. Pourquoi pas décrocher une place de stage chez Lappset, voir la Laponie en hiver, apprendre le finnois, langue que je trouve magnifique. Les grands espaces de nature sauvage m’ont fait un bien fou à l’esprit, après trois ans de marathon à la HE-ARC !
Minä rakastan Suomi (J’aime la Finlande) »


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« Les filles ont beaucoup à apporter à l’ingénierie car elles voient les choses autrement. Cette différence de point de vue peut vraiment représenter une force dans ce domaine de conception et de réalisation de projets ». Finlande_Elise_Bart

Elise Bart, 23 ans, Montavon (JU), 3e année HEIG-VD
Filière ingénierie des médias

« Dans le Jura, le parcours est classique : apprentissage de commerce en école, maturité professionnelle – j’ai préparé la mienne au Service cantonal de l’enseignement – et un bachelor en gestion. Je ne voulais pas suivre le même chemin que tout le monde, j’ai donc choisi l’ingénierie des médias ». Un choix de singularité qui correspond néanmoins à un goût déjà marqué pour la communication et ses technologies, puisqu’Elise aimait créer des sites Internet et a consacré son travail de maturité à BIMO, la Foire bureautique du Jura.

Peu portée sur l’apprentissage des langues, la jeune femme s’inscrit néanmoins en bilingue français-allemand. Une décision qu’elle ne regrette pas puisqu’elle va la préparer à pouvoir suivre sa 2e année de bachelor à la Hochschule der Medien de Stuttgart, dans le cadre du programme Erasmus. « Ma meilleure année d’études à tous points de vue. J’ai aimé découvrir la vie ailleurs, rencontrer des gens venus de partout et les cours étaient aussi passionnants, notamment celui pour lequel nous avons dû monter un événement de A à Z. J’ai appris l’allemand mais le plus important, j’ai pu aller à la rencontre de moi-même, de mes atouts, de mes limites», explique Elise, avant de chaudement recommander aux étudiant-e-s de ne pas hésiter à se lancer dans l’aventure.
Pour la suite, la jeune femme souhaite continuer en master mais hésite encore entre management et communication ou la muséologie. Après la soutenance de son travail de bachelor, ce sera, elle l’espère, un stage pratique de quelques mois dans une entreprise allemande, elle est déjà inscrite !

Que vous apporte un tel voyage pour votre vie d’ingénieure ?
« Par ce voyage, je voulais m’échapper de mon travail de Bachelor et je pense avoir réussi. J’ai aussi réalisé que j’avais grandi même si je pense qu’il me reste encore beaucoup à apprendre dans mon métier et dans la vie. Comme une participante au voyage m’a fait remarquer « il faut observer puis agir », ce que la jeunesse ne fait pas ou peu.
Un voyage c’est une expérience de vie avec des joies, des nouvelles choses, des événements fâcheux et surtout beaucoup de rires ! Celui-ci ne fait pas exception, j’en ressors avec de nouvelles connaissances et amies, et peut-être de futurs contacts professionnels. »

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« La technique demande de la curiosité, les études d’ingénieure y incitent, ainsi qu’à l’ouverture d'esprit. »FInande_Marion_Cintré

Marion Cintré, 21 ans, Annemasse, 1e année hepia GE
Filière architecture du paysage

Pour Marion, tout a commencé par une émission de TV qui présentait le projet d’un architecte du paysage rénovant des jardins avec des exclus de la société. L’idée d’allier la pratique du jardinage et de l’aide sociale lui plaît, au point de changer les options de son baccalauréat. Elle préparera Science, techniques et agronomie du vivant, puis un BTS d’aménagement du paysage à Angers. Ses pas la conduisent ensuite de sa Touraine natale à Genève où elle poursuit avec bonheur son cursus pour devenir architecte du paysage. « Cette année, j’ai eu le sentiment d’acquérir de très bonnes bases techniques, avec des professeurs issus ou qui pratiquent encore le métier. A la base, je ne suis pas vraiment une matheuse, mais j’aime apprendre et on s’entraide », explique-t-elle.

Son avenir, elle le voit d’abord au service de tout un chacun, avec l’envie de « traduire leurs idées en projets végétaux ». Ce qui n’empêche pas Marion de penser à un master, dans le domaine du Patrimoine et de l’histoire de l’art : « je viens d’une région de châteaux et de jardins historiques, je baigne dans cette atmosphère depuis ma plus tendre enfance, je me verrais bien en Conservatrice du patrimoine paysager. »

Des envies que Marion devra tout de même faire coïncider avec une maladie qui lui interdit toute exposition au soleil. Pas facile pour celle qui souhaite travailler la terre ? « J’ai décidé qu’elle ne serait pas un frein à ce que j’aime faire, même si je sais qu’il faudra gérer cette situation. »

Que vous apporte un tel voyage pour votre vie d’ingénieure ?
« Ce voyage m’a apporté de la confiance en moi, avec la conduite des camping-cars, et dans les autres. Donc à moins me stresser pour un rien! J’ai pu rencontrer des étudiantes de filières dont je ne connaissais même pas le nom. C’est très formateur de connaître les avis, opinions, et modes de vie de chacune.»

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« Etre femme et ingénieure est doublement valorisant. On peut être fière d’arriver au bout d’études exigeantes, d’être prises au sérieux car très convaincantes. Fières aussi de conjuguer une vie de femme avec un métier passionnant. »Finlande_Clotidle_Rigaud

Clotilde Rigaud, 21 ans, St-Gingolph, 1e hepia GE
Filière architecture du paysage

Clotilde a grandi dans un grand jardin, avec potager et même une châtaigneraie, mais elle précise d’emblée que « la nature est bien plus qu’un cadre de vie. J’ai découvert pendant mes stages, spécialement chez un paysagiste spécialiste de la pierre sèche, qu’elle est le lieu de rencontre et d’intervention de nombreux métiers, qui apportent de la joie et des sensations à tout le monde ». Un but que la jeune femme s’est d’ailleurs fixé : rendre les gens heureux, en leur montrant de beaux espaces de vie, même en ville. Elle aimerait relever le défi du milieu urbain, en réalisant des lieux qui soient en adéquation avec la culture, le patrimoine bâti et la vie urbaine.

Pour relever ce défi, Clotilde a deux atouts : une solide formation qu’elle acquiert à hepia, mais aussi son talent et son goût pour le dessin. Pendant 15 jours de Finlande, elle n’a d’ailleurs jamais quitté son carnet de croquis où elle dessinait tous les paysages traversés. Et lorsqu’elle rangeait son crayon, c’était pour photographier des plantes ou des fleurs qu’elle coucherait plus tard sur le papier.

Au gymnase déjà, la jeune fille choisit une maturité en arts visuels, où elle apprend les règles du graphisme. Elle réalisera son travail de maturité par la publication d’un livre sur le châtaignier valaisan, qu’elle écrit et  dessine entièrement. Elle passe son hiver de stage à illustrer l’ouvrage d’un biologiste sur le jardin alpin du Weisshorn. « Lorsque j’ai découvert la formation d’architecte du paysage, ce fut une révélation ! Voilà un métier qui rassemblait tout ce que j’aime : le monde végétal d’une part, le graphisme, l’illustration et l’image d’autre part », sourit Clotilde. Une chose est sûre, elle travaillera sur ces deux plans, et dès son bachelor en poche car « il faut travailler pour acquérir de l’expérience, apprendre à lire les nouveaux besoins ». Elle en est si convaincue qu’elle commence déjà : à côté de ses études, elles dessine les projets de son ancien maître de stage, l’homme qui lui a révélé une partie des secrets des pierres sèches.

Que vous apporte un tel voyage pour votre vie d’ingénieure ?

« En parcourant la Finlande de long en large, on est projeté dans une échelle différente de la Suisse : les grandes étendues de forêts m’ont marquée et j’ai adoré suivre la végétation qui s’adapte à la montée vers le Nord. Je retiens donc la variété, la continuité et l’immensité du paysage finlandais, qui nourrissent ma compréhension de l’espace. »

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« Les formations techniques permettent d’acquérir beaucoup d’outils pour comprendre le monde. On associe ça à tout ce qui est compliqué, mais si on s’y intéresse, on peut trouver des clefs et prendre part au monde. Tout en ayant la liberté de choisir ce qu’on veut faire. »

Finlande_Charlotte_VillaCharlotte Villa, 18 ans, photographe du voyage, 3e apprentissage de médiamatique
Ste-Croix

Charlotte avait à peine eu le temps de poser ses valises avant de repartir en Finlande, sans oublier ses bonbons chinois aux goûts surprenants. Car elle rentrait d’un an passé à apprendre la peinture et la langue chinoises à l’Académie d’art de Hangzhou, à 200km au sud-est de Shanghaï. Sûr que les grands espaces de Laponie qu’elle scrutait en quête de belles photos pour illustrer les articles au retour, devaient pour le moins la dépayser. Lorsqu’elle ne peint pas en Chine, Charlotte fréquente l’école professionnelle de Ste-Croix pour devenir médiamaticienne, après 4 ans d’apprentissage en école. Un choix effectué déjà au collège, contre l’avis général qui destine les prégymnasiens à la voie universitaire et montre une totale incompréhension devant tout autre projet. « Je n’avais envie ni du gymnase, trop loin de la pratique, ni de l’Université. Je préfère étudier par paliers, pouvoir choisir d’arrêter après 3 ou 4 ans avec un papier en poche pour travailler, je me sentirai plus libre. »

A l’époque, elle s’intéressait à l’informatique, dont elle parlait souvent avec son frère et son père. Elle aimait aussi le dessin, la peinture, en étant bien consciente qu’il est difficile de vivre de son art. Pourquoi ne pas tenter la médiamatique, une formation qui allie un peu des deux ? La première année la passionne, avec le dessin technique, la photographie, le graphisme. La deuxième un peu moins, mais elle est bien décidée à aller jusqu’au bout, après son intermède chinois, comptabilisé comme le stage obligatoire du cursus. Après ? On verra : travailler, se lancer dans un bachelor, un master, la route est encore longue, Charlotte a le temps.

Que vous apporte un tel voyage pour votre vie d’ingénieure ?
« Ce voyage fut la rencontre d’un monde sauvage et technologique ; une prise de conscience de la force de la nature dans son état « premier ». L’homme peut s’y faire une vie paisible sans être envahisseur. La vie en camping-cars nous a aussi offert l’opportunité d’apprendre à tolérer l’autre dans ce qu’il est, sans l’avoir choisi, ni le connaître d’avance. Un voyage mouvementé, mais serein. Un vrai bonheur. »

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« Nous avons tous des goûts différents : pourquoi, en étant dans les clichés, les filles n’aimeraient-elles pas la mécanique et les garçons la coiffure ? J’ai visité plusieurs pays et dans ceux-ci, la place de la femme dans le domaine de l’ingénierie semblait beaucoup plus intégrée et normale. Nous devrions être informés plus tôt des possibilités de travail d’avenir. Pour ma part, je ne peux être que contente car ma mère m’a introduite aux notions d’égalité et de choix professionnel quel qu’il soit. »

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Emilie Hadorn, 20 ans, 1e année EIA-FR,
Filière génie mécanique

L’explosion de joie résonne loin à la ronde dans le camping isolé au milieu de la forêt finlandaise : Emilie vient d’apprendre qu’elle a réussi sa première année de génie mécanique à l’Ecole d’ingénieur-e-s de Fribourg. « Comme ça, je sais ce que je fais en septembre, tant que je réussis, je continue ! » Une maxime qu’elle applique depuis sa première année de polymécanique à l’ETML de Lausanne, et qui l’a amenée, année après année, à obtenir son CFC, puis sa maturité professionnelle technique, avant d’entamer ses études de bachelor « à Fribourg car je savais déjà que la famille allait déménager à Vuadens ».

En fin de scolarité, Emilie hésitait, sachant plutôt ce pourquoi elle n’était pas faite, « pas dans un bureau toute la journée, ni en groupe, je suis assez solitaire ». Un stage de polymécanique lui plaît, elle se lance, soutenue par ses proches. Ses parents la voyaient assez bien dans un métier de ce genre et le reste de la famille a accepté, heureux qu’elle ait trouvé une formation à son goût. Ce parcours, elle a l’habitude de le suivre entourée de garçons, sans que cela lui pose de problèmes particuliers. « Ils ne sont pas choqués, et m’ont plutôt soutenue face à un ou deux professeurs discriminants. L’un m’a même dit en début d’année que je ferais mieux d’arrêter tout de suite, je gagnerais du temps. Ma meilleure réponse ? J’ai réussi ! »

 Que vous apporte un tel voyage pour votre vie d’ingénieure ?

« J’ai pu découvrir un pays que je n’aurais pas eu l’occasion de visiter sans ce voyage et j’ai apprécié de vivre quelques jours en communauté uniquement avec des filles. J’ai rencontré des gens géniaux et me suis fabriqué plein de bons souvenirs ! »

Vous allez écrire un article pour le site www.ingenieuse.ch, créé pour encourager les jeunes filles à devenir ingénieure. Quel message souhaitez-vous leur transmettre ? « Il faut s’accrocher, ça vaut le coup ! On est très largement capables d’y arriver, aussi bien, voire mieux que les garçons. Et en plus, on a la possibilité de participer à de super beaux voyages ! »

Finlande_Emilie2

Emilie Wawrzyniak, 19 ans, Versoix (GE), 1e hepia GE,
Filière agronomie

Tout en préparant sa maturité gymnasiale bilingue français-anglais en biologie/chimie, Emilie s’imaginait vétérinaire. Mais en Suisse, il y a un hic : la seule école se trouve à Berne, avec des cours dispensés en allemand. L’obstacle linguistique la rebute, comme la longueur du parcours français, avec école préparatoire et concours, refroidira ses ardeurs. Elle découvre alors le site de Lullier (hepia GE) et se décide pour l’agronomie en HES. Ses stages obligatoires la conduiront à pratiquer le paysagisme à Vuillerens (VD) ; la culture maraîchère, ses techniques et ses questions existentielles liées à l’augmentation de la population et de ses besoins alimentaires ; la production horticole en serres. « J’ai aimé ce travail qui occupe les mains et libère l’esprit, je n’ai d’ailleurs jamais autant composé de musique qu’à cette période. Mais mon travail préféré, je l’ai pratiqué au Jardin botanique de Genève, un endroit extraordinaire où j’ai découvert la conservation des graines, le patrimoine, et que j’aimais beaucoup la botanique ».

Le bilan de sa première année d’études est paradoxal, fait de sujets et de professeurs qui l’ont passionnée, mais dans une impression de désorganisation très inconfortable, ajoutée à la difficulté de retourner s’asseoir à l’intérieur après tous ces mois passés à travailler dehors. « Je continue car quand on commence, il faut finir, avoir ce diplôme qui me permettra, j’espère, d’aller suivre un master en Scandinavie, dans une discipline qui jetterait un pont ente l’agronomie et la gestion de la nature.»
Car les pays du Nord passionnent cette jeune femme depuis déjà longtemps. Elle aime leur esthétique, leur culture musicale, leurs légendes et leur rapport à la nature. « Ils sont obligés de vivre avec, contrairement à tous ceux qui en ont fait un adversaire ».

Que vous apporte un tel voyage pour votre vie d’ingénieure ?
« Comment écrire tout ce que ce voyage m’a apporté ? Les pays du nord  étaient pour moi un rêve et je viens d’en réaliser une partie. J’ai pu découvrir diverses facettes du pays, et l’ensemble m’a plu encore davantage que je ne l’attendais. La ressemblance avec la Suisse m’a beaucoup touchée, car on ne se sent pas vraiment dépaysée par le fonctionnement des finlandais. J’ai trouvé une nature très sauvage, très intacte, qui me manque à Genève. En revanche, j’ai du mal avec le modernisme et le high-tech omniprésents ainsi que tout l’aspect marketing et business. Je trouve que cela nuit à la force générale du pays, à son côté naturel, vaste et libre, que justement j’apprécie.
La liberté est en effet très importante pour moi et je m’en suis particulièrement aperçue pendant ce voyage. Vivre en proximité totale avec 12 autres personnes n’a pas été facile pour la solitaire que je suis. Je sais avoir un caractère fort, indépendant et difficile, ainsi que des goûts particuliers et très affirmés. J’ai pu me rendre compte que ce n’est pas toujours facile à gérer face à des gens qu’on ne connaît pas, a fortiori pour passer deux semaines de vie commune avec eux. Mais la Finlande et l’intimité forcée m’ont aussi réconciliée avec moi-même, je crois.
De façon plus technique, les visites m’ont fait réfléchir sur l’importance d’avoir une production interne, non seulement dans les domaines que je connais comme l’agriculture et la foresterie mais également en mécanique par exemple.»


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« Pour résoudre les problèmes auxquels est confrontée la société, on a besoin de gens – hommes et femmes - qui ont l’envie et les connaissances pour trouver des solutions techniques dans tous les domaines. On a besoin de toutes et tous, avec leurs différences : j’encourage les femmes à s’intéresser à la technique, comme les hommes aux questions de santé ou de couture ! Car pour créer un ensemble harmonieux, les différents points de vue sont essentiels.»Finlande_Celia_Lauper

Célia Lauper, 23 ans, Lausanne, 2e année HEIG-VD
Filière géomatique

Après avoir vécu en français pendant une semaine avec Célia, et l’avoir entendue parler anglais lors des visites d’entreprise, on ne peut s’empêcher de sourire en l’entendant dire qu’elle s’est orientée vers la biologie/chimie au gymnase de Berne, où elle vivait en famille, car « les langues, ce n’était pas son truc »… Et pourtant, c’est bien la raison, ajoutée au fait qu’elle n’avait pas encore vraiment d’idées pour la suite de sa formation, qui la pousse à entamer ces études-là.

Maturité en poche, Célia est toujours indécise. Elle prend alors une année sabbatique, fait un stage de 5 mois en génie civil dans l’idée de s’inscrire à la HES de Burgdorf. Une expérience qui ne l’emballe pas : «  je n’étais vraiment pas sûre de vouloir passer toute ma vie à construire des ponts, des routes et des tunnels ». Elle travaille quelques mois dans un Call center et en ressort plus motivée que jamais à étudier, consciente que « certains font ce travail pendant des années…»

Finalement, Célia s’inscrit en environnement à l’EPFL, dans la perspective de poursuivre en génie rural. La matière l’intéresse beaucoup tout en lui apparaissant très théorique. Elle rate son année, déménage à Lausanne et décide de s’inscrire en géomatique à la HEIG-VD. La 1e année lui plaît beaucoup, les classes sont plus petites, l’ambiance moins impersonnelle et l’enseignement varié. « J’ai tout de suite aimé aller dans le terrain expérimenter ce que nous apprenions en classe », se rappelle la jeune fille, reconnaissante envers ses parents de l’avoir toujours encouragée, avec patience afin qu’elle prenne le temps de trouver sa voie. La suite, elle ne l’a pas encore décidée, persuadée que la 3e année lui permettra de découvrir encore de nouveaux métiers, « mais pour l’instant, la cartographie m’intéresse beaucoup ».
Que vous apporte un tel voyage pour votre vie d’ingénieure ?
« Ce voyage m’a permis de faire la connaissance de chouettes filles futures ingénieures. Cela fait du  bien de savoir que d’autres font des études semblables. Sans compter que la Finlande est juste magnifique ! La nature est très belle et le climat me convient bien. Ce n’est pas un choc culturel comme sur d’autres continents, c’est plutôt facile d’y voyager. Et conduire un camping-car est une expérience: comme je ne conduis pas beaucoup en Suisse, j’ai doublé le nombre de mes kilomètres parcourus au volant ! »
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« Il faut oser essayer ces métiers même si on ne les connaît pas, et surtout ne pas craindre de travailler avec une majorité d’hommes. »

Finlande_Christelle_Crot

Christelle Crot, 26 ans, Vevey, 2e HEIG-VD en emploi
Spécialisation génie civil

Christelle a grandi à Yvorne, dans une famille d’horticulteurs depuis sept générations et avec une mère fleuriste. Des parents qui les ont toujours encouragés, son frère et elle, à apprendre un métier qui leur plaise. Pour leur fille, un métier n’a pas suffi, il lui en faudra trois ! Celui de laborantine en physique, qu’elle apprend à l’EPFL en 4 ans, en obtenant du même coup une maturité professionnelle. Celui d’ingénieure en géomatique, spécialisation en écotechnologie, après un bachelor à la HEIG-VD ; enfin celui d’ingénieure en génie civil, qu’elle prépare depuis un an dans la même école, en emploi. « Les masters proposés ne m’intéressaient pas, ils étaient trop axés sur le brevet de géomètre. Je cherchais à compléter ma formation avec deux objectifs : je rêve de pouvoir travailler à l’étranger, par exemple avec une ONG. Et pour le long terme, je voulais un métier que je pourrai un jour pratiquer au bureau, car je ne suis pas sûre de pouvoir marcher durant toute ma vie professionnelle. Le génie civil me semblait utile dans les deux perspectives », explique la jeune femme. Après un an de travail, Christelle a donc repris le chemin des cours, 3 soirs par semaine ou 2 soirs et le samedi matin, en bénéficiant d’équivalences qui lui ont permis de commencer en 2e année, avec certaines dispenses.
La journée, la jeune ingénieure travaille à Aigle, dans un bureau d’ingénierie en géologie, géotechnique et environnement qui appartient à une femme. « Avec les clients, c’est un avantage car s’ils s’adressent à elle c’est qu’ils sont ouverts. Lorsque cela se passe bien avec ma patronne, ils feront aussi un bon accueil à l’employée ». Car si Christelle ne rencontre aucun problème en classe, où d’ailleurs 3 filles étudient, c’est parfois plus difficile d’être une jeune femme sur les chantiers, dans un rapport d’autorité. « Il faut parfois une bonne dose d’humour et une grande capacité d’adaptation », sourit la jeune femme.

Que vous apporte un tel voyage pour votre vie d’ingénieure ?
« Ce voyage m’a premièrement permis de faire connaissance avec des nouvelles personnes provenant de différents horizons professionnels et géographiques. Deuxièmement, j’ai pu découvrir un nouveau pays et son économie par la visite de plusieurs entreprises. Finalement, j’ai appris à conduire un camping-car et à éviter les rennes traversant la route. »

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« Lancez-vous, les garçons ne mordent pas plus que les filles ! Ce n’est pas parce qu’on fait un métier masculin qu’on ne peut pas être féminine. Et nul besoin d’avoir un parcours typique pour entamer une formation d’ingénieure. Au contraire, c’est même un plus d’avoir un parcours varié. »

FInlande_Esther_Gutknecht

Esther Gutknecht Pauchard, 51 ans, Russy (FR) assistante EIA-FR
Institut de la construction et de l’environnement

Une offre, un entretien le jour avant son cinquantième anniversaire et Esther est embauchée comme assistante du professeur André Oribasi de l’Institut de la construction et de l’environnement à Fribourg. C’était en février 2010 et depuis, elle découvre le monde académique avec bonheur. Esther aime vivre parmi tous les talents en devenir de la jeunesse qui l’entoure, et constater combien chaque petite tâche est importante pour faire avancer l’immense bateau que représente une haute école. Elle qui a toujours été passionnée d’informatique et de programmation se réjouit de mettre ses connaissances au service des professeur-e-s et des élèves.
Esther dit aux plus jeunes de se lancer, sans se laisser impressionner par un titre ronflant ; mieux, elle le montre depuis des années, elle qui a suivi un parcours des plus atypiques, justement en osant.. Employée de commerce, elle se forme dans la programmation et travaille dans diverses entreprises, entrant par « la petite porte » pour monter dans la hiérarchie jusqu’à ce que son objectif personnel soit atteint. « Ensuite, je m’ennuie et je pars », précise-t-elle.

Début des années 2000, elle fonde sa propre entreprise, une fromagerie, qu’elle tiendra pendant neuf ans, tout en suivant la formation complète de l’Ecole suisse du fromage. Un travail qui la passionne et va petit-à-petit grignoter toute sa vie. « Il n’y avait aucune limite, ma vie était complètement déséquilibrée. Je n’avais pas envie de ça, j’ai arrêté et pris une pause de 5 mois pour me poser », raconte-t-elle. Puis elle a répondu à une offre de l’EIA, on connaît la suite. Esther aime son travail, mais s'est donné le temps d'être une heureuse grand-maman, qui apprécie aussi de sortir dans la nature, avec ses ânes.

Que vous apporte un tel voyage pour votre vie professionnelle ?
 « Ce voyage m’a permis de découvrir la Finlande et certaines de ses entreprises de manière originale. Rencontrer toutes ces jeunes femmes, si motivées par leur avenir professionnel, est réconfortant pour notre futur ! C’est la première fois que je fais des vacances « filles », en camping-car, et c’était fort plaisant. »

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« J’aimerais dire aux plus jeunes de juste oser se lancer. Ne pas se laisser impressionner par un nom, un titre, mais être convaincues de leurs compétences et de leurs possibilités à réussir. »

 

 

 

Propos recueillis par Marie-Christine Pasche