Syndic
de Nyon depuis 2008, patron du Paléo Festival depuis toujours, Daniel
Rossellat s’est façonné une carrière au gré des circonstances avec pour
seul bagage un CFC, un détour par une école d’ingénieur-e-s et un stage
de journalisme.

- Devenir ingénieur, c’était un rêve d’enfant ?
- J’ai toujours aimé les maths et je m’imaginais devenir prof de math ou
travailler dans le monde scientifique. On vivait les débuts de
l’électronique et de l’informatique. J’aimais bricoler, inventer des
trucs… Je ne savais pas exactement ce que faisaient les ingénieur-e-s,
mais l’idée d’inventer me plaisait. Mon père pensait qu’il valait mieux
faire un apprentissage. A 16 ans, je me suis retrouvé à l’usine. Ce
n’était pas facile. Après mon CFC de mécanicien-électricien, je me suis
inscrit à l’école d’ingénieur-e-s de Genève. Pour payer mes études,
j’avais un job à mi-temps d’animateur socioculturel auprès des ados. Ce
boulot me motivait, il me prenait aussi beaucoup la tête et du temps. A
force de dormir 4 heures par nuit, je me suis ramassé une petite grippe
qui m’a cloué au lit pendant 3 semaines. Lorsque je suis retourné à
l’école, j’étais largué. On avait 22h de maths par semaine… Difficile à
rattraper. L’un des profs m’a alors encouragé à changer de vie en
écoutant ma passion pour le spectacle.
- Vous l’avez fait le cœur léger ?
- Arrêter l’école était un échec, mais ça m’a poussé à me donner à fond
dans mon nouveau job. Avec le recul, je pense qu’il ne faut pas avoir
peur des échecs parce qu’ils donnent l’occasion de se lancer dans
d’autres projets. Il faut avoir une approche positive et utiliser
l’énergie de l’échec pour d’autres opportunités. Cela dit, je me suis
mis une belle pression. Si je me plantais dans mon nouveau choix, je
ratais tout. Par rapport à ceux qui poursuivaient les cours, je devais
réussir.
- Aujourd’hui, en plus d’être le patron du Paléo, vous êtes aussi syndic de Nyon…
- Oui, mais cela ne faisait pas partie d’un plan de carrière… La
situation était exceptionnelle et c’est pour cette raison que je me
suis présenté. Dans d’autres circonstances, je ne me serais pas lancé
dans la politique parce que je n’avais pas envie d’adhérer à un parti.
Mais quand le syndic a démissionné, l’idée a fait son chemin. Je
m’étais aperçu, lors d’Expo02, période pendant laquelle j’étais peu
présent à Paléo, que je pouvais déléguer et que c’était même bien pour
le festival d’avoir plusieurs personnes à sa tête. Alors je me suis
lancé et j’y prends beaucoup de plaisir. Cette nouvelle responsabilité
me demande beaucoup, mais j’apprécie rencontrer beaucoup de gens et
traiter de dossiers fort variés.
- Quelle est la répartition hommes/femmes dans l’équipe de Paléo?
- Je n’ai jamais fait le calcul… Cela varie d’une année à l’autre et
selon le type de métiers. Les femmes sont présentes dans tous les
secteurs, à l’exception de la sécurité.
- Les chances de grimper les échelons sont-elles les mêmes ?
- On compte 2 femmes responsables de secteur pour 8 hommes, tandis que
l’on dénombre 15 femmes et 21 hommes au bureau permanent. A Paléo, être
une femme n’est pas un obstacle. En revanche, nous favorisons les temps
partiels dans l’entreprise et ce sont surtout des femmes qui les
occupent. Or un temps partiel est un réel obstacle pour grimper les
échelons.
- Avec le recul, c’est toujours un échec?
- Non! Mon apprentissage m’a montré tout ce que je ne voulais pas faire :
avoir des horaires, une hiérarchie, un boulot qui laisse peu de place à
la créativité. Ce qui m’intéressait, dans mon travail d’animateur,
c’était l’irrationnel de l’humain. Dans le social et l’artistique,
c’est très irrationnel. Je travaillais avec des cas sociaux, des gens
en rupture, des autistes : avec eux, on est en dehors de la logique. Il
faut aller chercher les solutions ailleurs que dans des équations
mathématiques. Savoir décoder. J’ai regretté de n’avoir pas fini
l’école d’ingénieur-e-s, mon CV aurait meilleure allure, mais ce que
j’ai appris pendant mon apprentissage et l’école me sert encore
aujourd’hui. Quel que soit le projet, il y a toujours un moment où il
faut faire preuve de rigueur.
- Quelle est votre philosophie de vie ?
- Vivre intensément l’instant présent avec un certain goût du risque. L’échec en fait partie, mais ça ne me tétanis.
- Un message à faire passer à nos lectrices?
- Pas facile, si on ne veut pas tomber dans les clichés! (il réfléchit)
C’est vrai qu’ingénieur fait encore partie des métiers avant tout
masculin… Mais l’ingéniosité est un terme féminin!