Dossier Produit
Solar Tour, des concerts éco-compatibles
Promouvoir les énergies renouvelables par le biais de concerts de rock avec le soleil comme seule source énergétique, c’est le projet conçu à la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud (HEIG-VD) et réalisé l’été dernier lors d’une tournée dans le canton de Vaud. Son nom : Solar Tour.

Pour assurer la sono d’un grand concert de rock en plein air, deux camions semi-remorques bourrés d’enceintes acoustiques de 1000 à 2000 W sont nécessaires. Une série envoie le son vers le public, l’autre le renvoie aux musicien-ne-s qui ont besoin d’entendre leurs sons. Le résultat est souvent doublement décevant : le son est tellement fort que sans boules Quies on en ressortirait, et la consommation d’électricité atteint des sommets himalayens. Une fois ce constat dressé, deux questions s’imposent. Une telle surconsommation d’énergie est-elle vraiment indispensable pour ce type de concert ? Et, si la réponse est non, comment faire autrement tout en continuant à se faire plaisir avec un bon gros son qui décoiffe ?
C’est à partir de ces questions qu’est né Solar Tour. Le projet, réalisé au sein de la HEIG-VD, avait comme objectifs de produire des concerts de musique électrique grâce à l’énergie solaire et de sensibiliser aux formations et comportements énergétiques et environnementaux de manière interactive, ludique et innovante. Six représentations ont eu lieu l’été dernier à Lausanne, Nyon, Yverdon et Montreux, quatre villes labellisées « Cité de l’énergie » ou en voie de l’être.

Concert vert
L’idée d’un concert vert trotte depuis longtemps dans la tête de Dominique Bollinger, un homme animé par deux passions : la musique pop-rock et la protection de l’environnement. « Je ne suis pas un ayatollah de l’écologie qui raisonne en termes de privations et de sacrifices. Pour moi, l’écologie, c’est penser autrement et continuer à se faire plaisir. Les deux sont compatibles ».
Auteur, compositeur, chanteur, bassiste et pianiste connu sous le nom de DOM, il est aussi professeur en génie de l’environnement à la HEIG-VD, chargé de la promotion ainsi que des débouchés de cette filière. « Organiser des concerts à l’énergie solaire dans le cadre de l’école m’a permis de réunir mes deux passions, la musique et l’enseignement du génie de l’environnement. C’était aussi une excellente manière, plus attrayante, plus ludique que les classiques flyers, de promouvoir cette filière.
Lorsque le projet est soumis à la HEIG-VD, l’école accepte et participe à son financement. Le prof-musicien trouve le reste des fonds nécessaires et des partenaires. L’un, Solar Sound System, a mis au point un système de panneaux solaires pour faire du DJing il y a déjà dix ans. L’autre, ITEXADER, est une association chargée de la promotion didactique des énergies renouvelables.
Réfléchir autrement
Organiser un concert vert et faire venir deux semi-remorques supplémentaires chargés de panneaux solaires n’ayant aucun sens, Dominique Bollinger a réfléchi à des solutions moins énergivores. « Durant les concerts, tous les musiciens sont munis d’oreillettes, ce qui permet de se passer d’amplis sur scène. L’économie réalisée est considérable puisque l’on passe de 1000 W pour quatre amplis, à 37 W pour un amplificateur de quatre casques (oreillettes), soit une consommation proche de celles de quatre IPods. Les musiciens n’ont pas l’habitude de jouer sans ampli, mais c’était un passage obligé pour participer aux concerts de Solar Tour. On a aussi décidé de se produire en journée pour se passer de light show, autre poste dévoreur d’énergie ».

Une fois les dépenses énergétiques réduites à leur minimum, il restait à déterminer la surface de panneaux solaires nécessaire. C’est là que les étudiant-e-s de la HEIG-VD entraient en scène puisque la résolution de cette équation faisait partie des travaux de semestre en électricité. Quelques calculs, hypothèses et simulations plus tard, la conclusion tombait. Pour assurer un concert de rock, du DJing et faire fonctionner quelques frigos, histoire d’avoir des boissons fraîches, 6 m2 de panneaux solaires suffisent. « Certes, on ne fait pas Wembley, mais c’est parfait pour un public de 200 à 300 personnes ».
Il a aussi fallu prendre en compte l’hypothèse de l’absence de soleil, donc le recours à des batteries pour assurer le concert. Enfin, dernière composante incontournable : « le public devait pouvoir constater tout autour de la scène que l’absence de câbles n’empêchait ni d’entendre la musique, ni de consommer des boissons fraîches ».
Le travail des étudiant-e-s ne s’est pas arrêté là puisqu’ils se sont également occupés de la mise en place du matériel, du contrôle et du suivi pendant chaque concert.

Solar Tour : et après ?
L’expérience a été riche et ludique pour toutes les personnes qui y ont participé, c’est certain. Mais quel impact a-t-elle eu ? « Si on compare Solar Tour à une tournée de concerts rock « traditionnelle », l’économie énergétique représente un mois de consommation d’électricité pour un ménage de quatre personnes ». L’impact est également mesurable sur les étudiant-e-s de la HEIG-VD: Dominique Bollinger a déjà reçu 50 inscriptions pour participer à une deuxième édition de Solar Tour alors qu’il n’a que huit places à offrir et que la direction de l’école ne s’est pas encore prononcée sur la suite à donner à ce projet.
Troisième objectif à atteindre : la promotion des métiers liés à l’environnement. « C’est probablement le résultat le plus difficile à estimer, mais je pense que le projet a tenu ses promesses. Si on veut communiquer sur les formations, on doit être « jeune-compatible ». Il faut dépoussiérer l’image de l’ingénieur à la mine triste, qui aligne des calculs seul dans son coin. Tous les partenaires ont eu la même approche pour les expos et les activités qui complètent le concert, elles sont ludiques. Les expériences qu’on y propose montrent le côté « inventeur fou-fou » de ce métier. C’est vrai, les études ne sont pas faciles, il faut beaucoup travailler, surtout les mathématiques, mais il y a aussi des aspects amusants et passionnants ».
En attendant la décision de l’école, Dominique Bollinger réfléchit déjà à la deuxième édition de Solar Tour. « Se produire dans des manifestations ou des festivals existants, où les gens sont déjà présents, est plus intelligent en terme d’économie de déplacements. Nous espérons donc continuer à participer à des événements du type Festival de la Terre, à Lausanne, ou au 1er août des jeunes d’Yverdon. La prochaine étape consistera à réduire l’empreinte carbone de nos déplacements grâce à des voitures électriques ».
Patricia Bernheim
Le site web du Solar Tour : http://solartour.heig-vd.ch
Le site web du Solar Tour : http://solartour.heig-vd.ch