Reportage égalité
Des rennes de Laponie aux îles de la Baltique

Du 14 au 28 juillet dernier, dix jeunes femmes –étudiantes ou salariées– du domaine Ingénierie et Architecture de la HES-SO ont parcouru la Finlande du nord au sud : 2400 km en camping-car à la découverte de la nature sauvage et d’entreprises qui ont su devenir leaders européens dans leur domaine, tout en restant très attachées à leur région d’origine. Ces ingénieures en reviennent avec six articles techniques, un réseau d’amitié renforcé, de superbes images de nature sauvage et l’expérience inoubliable d’un jour polaire qui ne finit jamais.

« Nous invitons l’humanité dehors ! » Le slogan peut sembler paradoxal venant d’une entreprise dont le siège est installé à Rovaniemi, sur le cercle polaire, là où les rennes du Père Noël prennent leurs vacances dans l’herbe grasse des tourbières. Après deux semaines passées à sillonner la Finlande en
camping-car de son Nord lapon à son Sud maritime, l’invitation de Lappset – active dans l’équipement d’aires de jeux pour tous les âges – semble au contraire « coller » parfaitement à la façon de vivre sur ce grand territoire nordique.

A croire que plus l’environnement est rude, plus la population en est proche, comme si elle faisait d’une nécessité un choix de vie. Il faut dire que la nature n’est jamais très loin : les villes, de taille moyenne, s’étalent entre lacs, rivières et forêts, et leurs parcs n’ont rien de jardins à la française, la forêt et les quelques fleurs sauvages épanouies en juillet y préservent jalousement leurs droits. Quant aux congés, les Finlandais n’aiment rien tant que de les passer
dans de petites maisons de bois lovées au bord de l’eau, à l’abri des
regards sous les futaies de bouleaux et de pins nordiques. Certes les
jeunes se précipitent moins qu’autrefois pour en devenir propriétaires
car ils aiment voyager, incités à se déplacer depuis que le pays est
entré dans l’Union européenne en janvier 1995, mais la tradition reste
vivace.

Pour des Suissesses habituées à vivre sur un petit territoire, débarquer en juillet dans cette nature omniprésente et sauvage du nord est un plongeon dans l’immensité : personne à des kilomètres, pas un bruit ni une habitation mais des forêts et des lacs à perte de vue. Une impression accentuée par le jour polaire, sans fin lui non plus, et qui contribue à la perte totale des repères. Les premiers jours, la fatigue se fait sentir dans les corps et les esprits, mais personne ne l’écoute, toutes sont bien trop prises par la joie de la découverte et des rencontres animales. Les rennes – en liberté pour l’été mais domestiqués - et les lemmings se laissent approcher, la végétation interpelle.

Chacune des voyageuses apporte ses connaissances et ses passions, pour l’hydrologie, la botanique ou la culture nordique, lors d’une balade jusqu’en haut du Mont Taivaskero, un des rares sommets de Finlande qui culmine à 807m, où la flamme olympique avait été allumée au soleil de minuit lors des Jeux Olympiques de 1952. Un beau moment de découverte et de partage que ces neuf kilomètres, seule étape pédestre du voyage, avant de rejoindre Helsinki - 2'000 km - par un itinéraire de petites routes, parfois même en terre battue, ponctué de visites d’entreprises, comme autant d’occasions bienvenues de rencontres.

Grandir sans perdre son identité
Actifs dans des domaines variés, allant de la récolte de données météo à la production de papier, en passant par la fabrication de bornes de recharge électrique ou d’équipements de places de jeux, nos hôtes partagent une destinée et un souci communs : savoir grandir pour s’adapter à l’évolution du marché mondial sans perdre leur identité, leur besoin vital d’exporter, voire de s’implanter à l’étranger est vital, vu l’étroitesse de leur marché intérieur. Des industries qui entretiennent l’esprit de famille: les jeunes générations travaillent déjà l'été dans l'usine.. Leur souci ? Garder la production en Finlande pour donner du travail à la population, que ce soit en usine ou en sous-traitance. Un pari difficile pour les manufactures travaillant dans des productions de masse - papier, composants électriques - mais réussi jusqu’ici.

Un développement durable
Le climat rude, la proximité avec un environnement qu’ils ne peuvent nourrir l’illusion de maîtriser, sont autant d’incitations faites aux Finlandais de poursuivre leurs efforts en vue d’un développement durable. L’Etat a délimité de grands parcs naturels, sur terre comme sur mer, et exige par exemple des industries qu’elles replantent tous les arbres coupés pour leur production. Sans pour autant prétériter le développement économique ni les infrastructures – le sud et l’est sont reliés par de très belles routes et le pays compte 24 petits aéroports internes en sus de l’infrastructure internationale d’Helsinki-Vantaa – nécessaires à la création ou au maintien des emplois.

L’installation d’ «escaliers à saumons», comme celle visitée à côté de la centrale hydroélectrique de Isohaara sur la rivière Kemi, en est une autre illustration. Un projet à deux millions d’euros est en cours, en partenariat public-privé, afin d’améliorer l’efficacité de l’ancien « escalier » et faciliter encore le passage des poissons, remontant le courant pour aller frayer près de la source où ils sont nés. Un investissement certes dans la protection de l’espèce, mais aussi au service des familles vivant en amont de la centrale, et qui ont protesté pendant des années devant la chute de leurs prises de pêche. Un saumon autrefois si abondant que le personnel des fermes s’en lassait et exigeait par contrat au moins deux repas par semaine avec un autre menu !

Le plaisir du sauna
Aucune participante n’aurait manqué le rendez-vous du voyage avec un vrai sauna finlandais ! Pas difficile d’ailleurs, on en trouve vraiment partout. Pas un camping, le plus petit soit-il, ni d’ailleurs une entreprise qui n’offre cette possibilité. Même le Parlement en possède un ! Embarras du choix qui a permis de faire les difficiles : sauna oui, mais au feu de bois avec rafraîchissement en tonneau, en rivière ou carrément dans la Baltique, un grand moment ! Comme le lever de lune en plein jour à minuit, le repas traditionnel lapon et son fromage chaud couinant sous les dents, au milieu de nulle part… Chacune ramène dans ses bagages le vert des mousses sous les rayons du soleil, qui semble attendre l’apparition d’un lutin; le blanc luisant des bouleaux illuminant les forêts les plus denses, une parcelle de silence absolu et la furieuse envie de revenir… en hiver !
Marie-Christine Pasche
Photos: ©Cha.Villa-cc by-nc-sa