Valérie Briquez

Une ingénieure qui aime mettre les mains dans le cambouis

Valérie Briquez

l’âge de 9 ans, Valérie Briquez conduisait toute seule le tracteur de la ferme familiale. Ce ne sont donc pas les grosses machines qui font peur à cette professeure de l’unité de recherche Conception et Simulation de la HE-Arc Ingénierie au Locle.

Lorsqu’on la voit arriver dans le corridor de l’école, on pense d’abord que c’est une étudiante. Plutôt menue et discrète, Valérie Briquez fait beaucoup moins que ses 37 ans. Et pourtant, cette française de Besançon, mariée et mère de deux petites filles, est bien la professeure avec laquelle ingénieuse.ch a rendez-vous. Engagée en juillet 2008 à la He-Arc Ingénierie, elle y enseigne la méthode des éléments finis qui permet de calculer les déformations d’une structure et les composants de machines-outils. Elle assume aussi la responsabilité du projet de recherche Kitves.

Son intérêt pour la mécanique est né pendant son enfance. Cadette de 4 filles, Valérie aidait souvent ses parents agriculteurs et elle adorait ça. «Mon père m’a appris très tôt à conduire le tracteur et tout le matériel, remorques et autres, qui va avec. D’abord seulement dans les champs, puis sur la route». Quand l’une des machines tombait en panne, son papa pouvait compter sur elle: «j’aimais bien mettre les mains dans le cambouis. C’est de là que vient mon goût pour la mécanique.»

Soucieux que leurs filles mènent une vie professionnelle moins difficile que la leur, les parents les ont toujours vivement encouragées à se lancer dans des études. Valérie n’avait alors pas de projet précis, mais elle éprouvait de l’intérêt pour les matières scientifiques. Une fois son bac en poche, elle est entrée à l’Université des Sciences de Besançon, option sciences pour l’ingénieur-e, où elle a suivi des cours sur les éléments finis. L’intérêt s’est alors transformé en passion.

Obstacles

Ses études se déroulent sans histoire jusqu’au moment où elle doit trouver le financement nécessaire pour mener sa thèse à bien. «Au dernier moment, j’ai appris que je ne l’obtiendrai pas. Du jour au lendemain, j’ai dû quitter le laboratoire de mécanique appliquée de l’Université de Besançon, je me suis retrouvée sans travail et avec un diplôme qui ne suffisait pas pour en trouver un facilement».

Quelques mois plus tard, la roue tourne à nouveau. L’ANPE (Agence nationale pour l’emploi) lui suggère de faire des offres en Suisse, dont la frontière est toute proche. Elle envoie son CV à la HE-Arc et est engagée comme assistante de recherche dans le laboratoire de machines-outils du Professeur Zaquini, enseignant en techniques de fabrication, fabrication assistée par ordinateur et commandes numériques. «Pendant 6 ans, j’ai travaillé sur des projets liés à l’industrie locale, c’est-à-dire l’horlogerie et les machines-outils. Certains d’entre eux se montaient en partenariat avec des pays européens. Cela m’a permis de me construire un réseau et d’améliorer mon anglais, indispensable pour participer à ce type de programme.» Elle est en charge de toute la partie administrative et technique des projets. Il lui arrive aussi de donner des cours lorsque le professeur est absent.

Un détour par l’industrie

En 2005, elle décide de tenter sa chance dans le monde industriel. Engagée chez un constructeur de machines-outils réputé comme ingénieure-constructrice, elle est chargée de réaliser une nouvelle conception de composants de machine. «J’y ai aussi élaboré, pendant huit mois, une machine complète de grande précision, une broche horizontale pour usiner les moteurs de Ferrari ou de l’aérospatial». Le projet finira au fond d’un tiroir après la vente de l’entreprise. Mais Valérie ne regrette rien. «Grâce à cette expérience, j’ai acquis une méthodologie de travail et de la rigueur».

Elle est alors contactée par la HE-Arc: le professeur Pasche, enseignant en composants de machines-outils et méthode des éléments finis, part à la retraite et la direction a pensé à elle pour le remplacer. «Comme la région compte un grand nombre de fabricants, il est important que la formation des étudiant-e-s soit adaptée à la réalité du travail. Mon expérience industrielle a été un atout: je sais ce que les industries attendent des ingénieur-e-s et je peux partager ce que j’ai vécu avec mes élèves.»

Depuis juillet 2008, Valérie Briquez enseigne donc à 50% et consacre l’autre mi-temps à la recherche et au développement. Bilan, après un an d’exercice : «je ne regrette pas d’avoir accepté ce poste. Il y a eu des hauts et des bas, des moments lourds parce que je remplace deux professeurs partis à la retraite et je devais préparer tous les cours.» Mais les difficultés rencontrées l’ont confortée dans sa décision : l’enseignement, c’est son truc. Elle a la patience qu’il faut et sa voix douce est plutôt rassurante. «J’aime aller chercher les élèves là où chacun se trouve pour les amener plus haut», confirme-t-elle. Une méthode efficace à en juger par les échos positifs de sa première volée et des expert-e-s présent-e-s aux examens.

Ses objectifs pour cette année: «solidifier, améliorer, faire une boucle de régulation», répond-elle en souriant. Et consacrer plus de temps à la partie recherche de son job: le projet Kitves.

Kitves : de l’énergie grâce à un cerf-volant

Générer l’électricité nécessaire aux appareillages électroniques et au chauffage des navires marchands ou de croisière grâce à un cerf-volant: voilà le projet lancé par l’entreprise italienne Sequoia, spécialisée dans les énergies renouvelables et propres. Kitves, c’est son nom, réunit 9 universités, industries européennes et hautes écoles, dont la HE-Arc.Son principal objectif est de fournir une alternative innovante à l’énergie électrique utilisée à bord des navires.

«L’idée est de monter un cerf-volant en forme de toile de parapente de 100 m2 sur un navire et de le faire voler dans la troposphère, à 1 km d’altitude», explique Valérie Briquez. «Là, la vitesse du vent est constante ce qui permet de faire accomplir au cerf-volant des cycles de montées et de descentes. Lorsqu’il monte, il fait du yoyo et ce mouvement tire sur les câbles. C’est cette traction qui va générer de l’électricité pour alimenter l’électronique et tous les appareils à bord. Le cerf-volant n’est donc pas destiné à tirer le bateau.»

La tâche de la HE-Arc, dont Valérie Briquez assure la responsabilité, s’articule autour de trois axes. D’abord, tester la résistance des câbles à la rupture, à la fatigue et aux chocs. Ensuite, alimenter en énergie les capteurs montés sur la toile du cerf-volant, qui serviront à identifier la position, l’orientation et l’accélération de ce dernier. Enfin, modéliser la chaîne cinématique, en d’autres termes, tout l’appareillage au sol qui permet de remplacer les bras humains pour faire monter et descendre le cerf-volant. Les tâches 1 et 2 sont bien avancées, la 3ème est au programme de cette année. Les premiers essais sont prévus en 2010.

Carole Pellouchoud