L'oasis industrielle de Svartsengi
Par Chantal Seignez, Céline Andreetta, Laura Junod et Roxane Magnin
Notre dernière visite en terre d'Islande est pour la centrale électrique de Svartsengi, près de Reykjavik. Très vite, à la sortie de la ville, le paysage se transforme et la cité devient désert. Un désert de lave. De la roche à perte de vue, dans toutes les directions. Et soudain au loin, une timide colonne de fumée blanche, seul et unique signe d'une vague activité dans cette presqu'ile de Reykjanes, la bien nommée "baie des fumées". Et la colonne se rapproche, imperceptiblement, devenant majestueuse, aguicheuse, omniprésente. C'est toute la terre qui fume maintenant! Et derrière la blancheur immaculée on découvre le métal, l'acier, la ferraille, les tours et les canalisations de la centrale électrique de Svartsengi, comme un symbole de l'activité humaine dans cette nature de début du monde.
Nulle part ailleurs sur la planète la séparation des plaques tectoniques eurasiatique et américaine, Gjáin (la faille )n’est aussi visible que dans la péninsule de Reykjanes et à Þingvellir: ici les plaques se séparent de 2cm par an. Le magma se charge de combler sans cesse la faille, et de nombreuses éruptions volcaniques y ont eu lieu. On y trouve de nombreuses zones géothermiques dont deux sont exploitées pour la production d’électricité, Svartsengi et le massif d’Hengill. Deux autres centrales géothermiques sont en construction: la centrale d’Hellisheiði et la centrale de Reykjanes. Svartsengi a la particularité de fonctionner avec trois objectifs: produire de l'électricité, du chauffage, et alimenter un centre thermal à ciel ouvert, le Blue Lagoon.
De l'eau de mer à 240 degrés, sous pression, et contenant 2/3 de salinité est pompée à 2000 mètres en profondeur, puis acheminée vers un séparateur d'une puissance de 6 bars, qui en transformera une partie en vapeur à 158 degrés. Cette vapeut produira de l'électricité. Une autre partie chauffera de l'eau froide (5 degrés) acheminée dans un mélangeur, pour atteindre la température de 80 degrés qui sera injectée dans le réseau de chauffage de la ville. Svartsengi chauffe toute la ville de Grindavik. La dernière partie de l'eau des profondeurs ira alimenter le centre thermal, après voir été refoidie autour de 40 degrés.
Vers le schéma du fonctionnement de la centrale combinée de Svatsengi
La première unité de Svartsengi a été mise en route en 1977, ce fut une des premières centrales géothermiques islandaises avec celle de Krafla. Jusqu'en 2006, elle ne produisait que du chauffage. Depuis, le site s'est beaucoup agrandi, puisqu'il est composé aujourd'hui de cinq entités, la sixième étant en construction. Le défi permanent lancé quotidiennement aux ingénieurs est de gérer les trois fonctionnalités de l'usine, sur cinq sites, tout en assurant la sécurité de l'ensemble et sa rentabilité.
A cette fin, l'usine est équipée d'un système électronique performant. Toute l'activité de l'usine est visible sur les écrans du bureau central, surveillé en permanence par des techniciens. D'un point de vue économique, les ingénieurs développent en permanence de nouveaux modèles, leur permettant d'améliorer les performances du site tout en tenant compte des contraintes liées à la nature du sous-sol. Si elles facilitent le développement de cette énergie, les zones chaudes sont par définition instables. Il est nécessaire de surveiller leur activité, d'adapter l'infrastructure et la façon de travailler aux risques inhérents à la nature volcanique de l'ile.
Soucieux d'améliorer encore la productivité de leur industrie géothermique, les Islandais sont à la pointe de la recherche dans ce domaine. Ils nourrissent en effet l'ambition de devenir les champions des économies en CO2, en développant encore leur recours aux énergies renouvelables, notamment le développement de piles à hydrogène.
Aujourd'hu, 89% du chauffage est d'origine géothermique. 70% de l'énergie consommée est renouvelable, issue pour 55% de la géothermie, pour 17% de l'hydroélectrique. Les 30% restant proviennent d'énergies fossiles, essentiellement pour le transport et l'industrie de l'aluminium.
Outre la production d'énergie, le géothermique a de multiples applications: séchage industriel, production de carbone liquide (comme carburant), fermes piscicoles, fonte de la neige et de la glace, notamment sur les trottoirs de Reykjavik et d'Aküreri, recherche en agriculture pour la production de fruits et de légumes sur l'île.
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