La technique des serres géothermiques

Outre les bananes, les figues et le café cultivé dans les serres de Hveragerdi à titre expérimental, nous avons découvert que l’Islande, pays où la température dépasse rarement les 15 degrés, produit pour sa propre consommation des tomates, concombres et poivrons. Comment est-ce possible? L’Islande utilise une source d’énergie dont elle regorge, l’activité géothermique. La proximité du magma chauffant des poches d’eau permet la transformation de cette dernière en vapeur, qui peut être prélevée au profit d’installations de chauffage.
Le centre d’horticulture de Hveragerdi possèdait trois puits de captage de vapeur tout près des bâtiments, devenus inutilisables après le grand tremblement de terre de 2008 dans le sud de l’île. En effet, lorsque l’activité sismique est très forte, elle transforme toute l’activité géothermique à des kilomètres à la ronde.
Des poches d’eau bouillante se forment, le sous-sol change, et les humains doivent adapter l’exploitation géothermique, et même leur vie, à la nouvelle situation. La balade autour du centre nous a permis de réaliser l’instabilité d’un terrain autrefois visité par les promeneurs, aujourd’hui interdit car bouillant et instable.

Les fumerolles partent à l’assault des sapins, plantés là il y a une quarantaine d’années pour limiter l’érosion de la montagne adjacente et retenir les pierres dans leur chute. Ces arbres sont mourants : avec le changement d’activité géothermique du sol, leurs racines bouillissent…Les responsables du centre de recherche ont donc dû créer un pipe line pour acheminer la vapeur depuis des puits plus éloignés. C’est elle qui va chauffer les serres, en passant dans un réseau de fins tuyaux en plastique.
Pour maintenir les serres à la température choisie, un mécanisme de contrôle est raccordé à une valve qui ouvre ou ferme l’arrivée de vapeur, en fonction de la modulation de la température. Ce n’est d’ailleurs pas le seul paramètre régulé par l’électronique afin que les plantes puissent pousser dans un milieu de vie adéquat. L’ordinateur s’occupe également de la lumière, de l’humidité de l’air, de l’arrosage, des taux de CO2 et d’engrais.
Dans l’hiver islandais, les nuits sont très longues, ajouter un éclairage artificiel à la lumière naturelle peut être nécessaire afin d’assurer la production. La course aux économies d’énergie ayant passé par là, des recherches sont en cours pour élaborer un éclairage moins gourmant, à base d’ampoules LED.

La part énergétique destinée à l’éclairage étant importante, cette nouvelle technologie permettra de baisser les coûts de production des légumes. Un atout pour les paysans islandais qui ne bénéficient d’aucun tarif avantageux pour leur électricité, contrairement aux entreprises de production d’aluminium, nombreuses dans le pays.
La part énergétique destinée à l’éclairage étant importante, cette nouvelle technologie permettra de baisser les coûts de production des légumes. Un atout pour les paysans islandais qui ne bénéficient d’aucun tarif avantageux pour leur électricité, contrairement aux entreprises de production d’aluminium, nombreuses dans le pays.
Pour assurer la fertilisation des plantes cultivées, des abeilles élevées en Hollande sont introduites dans les serres. Afin de limiter les risques de pollution génétique avec les espèces locales, ces abeilles d’élevage sont stérilisées. La lutte biologique est utilisée pour éliminer les ravageurs de culture. En clair, les chercheurs introduisent des prédateurs de ces insectes et larves dans le milieu afin de s’en débarrasser sans chimie.
La vocation du centre de Hveragerdi est bien d’entreprendre des recherches sur les techniques de production afin de les améliorer, non de produire. L’autosuffisance serait possible en Islande. Toutefois le marché islandais est difficilement concurrentiel vis-à-vis du marché international à cause de la forte consommation d’électricité nécessaire à l’éclairage des serres. Importer des denrées est plus avantageux que de les produire dans le pays, même si ce dernier peut recourir à l’énergie géothermique. Notons que l’Islande produit tout de même entre 65 et 100% de la demande nationale en tomates, poivrons et concombres.

L’utilisation de la géothermie pour chauffer des serres et produire des fruits et légumes, dans un pays où le magma est si proche de la surface terrestre, est tout à fait réalisable. Mais la géothermie présente encore quelques inconvénients. En effet, il est impossible de connaître la constitution du sous-sol, donc la faisabilité de l’installation, avant d’avoir fait les forages. De plus, comme le montre l’exemple du centre de Hveragerdi, une secousse sismique peut, du jour au lendemain, modifier les réseaux d’eau souterrains et détruire les puits existants. Forer pour rien, devoir reconstruire ou réparer à tout moment augmente fortement le coût de l’énergie. C’est là le grand désavantage de la géothermie : on ne peut garantir ni son fonctionnement, ni un prix de production à long terme. Toutefois, si un jour des techniques d’analyse des sous-sols plus fiables sont développées, il sera alors possible d’investir davantage et à plus large échelle dans l’industrie géothermique .
-

-
Islande_2911
-
02.03.2010 15:12:01
-
-
Tags:
Islande
-

-
Islande_2897_cFrancesca0265
-
02.03.2010 15:12:01
-
-
Tags:
Islande
-

-
Islande_2896
-
02.03.2010 15:12:01
-
-
Tags:
Islande
-

-
Islande_2806
-
02.03.2010 15:12:01
-
-
Tags:
Islande
-

-
Islande_2735
-
02.03.2010 15:12:00
-
-
Tags:
Islande
<< Précédent
Suite >>
Retour au
sommaire principal