Introduction
La théorie à l'épreuve du concret

Lorsque nous débarquons à l’aéroport de Marrakech le 15 juin, il n’y a pas foule : peu de touristes choisissent cette saison pour visiter le sud marocain où le baromètre flirte jour et nuit avec les 40 degrés. Pas idéal pour arpenter les champs d’oliviers avec des paysans, longer les canaux d’irrigation ou rencontrer des nomades dans le désert brûlant. Mais aucun regret, car ainsi le voyage d’études des futures ingénieures consacré à l’eau n’en est que plus concret. Chacune éprouve dans son corps le besoin de liquide et de fraîcheur, et n’en est que plus attentive au manque, aux difficultés vitales rencontrées par la population face à la raréfaction de l’eau. En avril ou en novembre, la leçon eut été plus théorique.

Nous sommes en juin, la chaleur est écrasante, renforcée par un vent brûlant nous incitant à rouler fenêtres fermées, même sans climatisation, et nous transpirons en permanence. Est-ce une raison pour ignorer la rareté de l’eau et faire transporter des hectolitres par camionnette jusqu’au milieu du désert ? La majorité d’entre nous répondra non à cette question et nous souhaitons que ce dossier incite chaque internaute à réfléchir à ses exigences, son attitude lors de son prochain voyage en terre aride.
A l’Hôtel Essaouira où nous logions à Marrakech, tôt le matin, Aïcha lavait la portion de ruelle devant la porte d’entrée. Giclant l’eau d’une bouteille à travers ses doigts, elle répandait quelque 5 décilitres d’eau à cet usage. Des gestes économes, intégrés à sa vie depuis toujours, de respect envers la denrée vitale qu’est l’eau. Attitude nécessaire pour que dans la région de Marrakech, on puisse continuer à vivre, en ville comme à la campagne. A moins que nos douches quotidiennes, nos bains en piscine et notre passion du golf…

Guidées par des collaborateurs de l’Etat marocain dans nos visites, nous mesurons les efforts et les investissements consentis pour améliorer la gestion du précieux liquide mais exprimons aussi notre incompréhension face aux contradictions du système: côté rural on rationalise, côté citadin on répond aux standards des touristes du nord. Y compris aux envies de golf en zone semi-aride ! Une folie. Et que dire des exigences des tours-opérateurs organisateurs de raids ou treks dans le désert, qui boudent les bivouacs sans douche ?
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