Nathalie Mongé, architecte passionnée par le paysage
Architecte de formation, Nathalie Mongé souhaitait depuis plusieurs années concilier ses convictions avec son métier. Elle cultive désormais cette attitude à l’hepia, à Genève, où elle travaille à la fois sur l’architecture, le paysage et l’énergie, pour des visions enfin «globales».
«Par beau temps, on voit le Jura, le Salève et même le Mont-Blanc!» Perchée sur le toit de la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (hepia), à quelques centaines de mètres de la gare de Cornavin, Nathalie Mongé, Parisienne de 36 ans établie au bout du lac, contemple la vue périphérique, sourire aux lèvres. Devant elle se déroule ce qui la passionne depuis ses premiers pas dans l’architecture : le paysage. «Le paysage, c’est l’endroit où le ciel et la terre se touchent», écrit Michel Corajoud, éminent paysagiste français, en titre d’un de ses plus importants ouvrages. Pour Nathalie Mongé, c'est l’environnement, à la fois paysager, écologique, économique, ainsi qu'une notion culturelle. «Le déclic s’est produit pendant mes études. J’ai effectué un stage dans un bureau d’architecture, nous avons travaillé sur un projet concernant Périgueux, une ville du sud-ouest de la France construite autour d’un méandre de rivière. J’ai eu le sentiment que nos propositions manquaient de vision globale.»

Construire, c'est laisser une trace visible par tout le monde
Une vision que la jeune femme, elle, commençait à découvrir en classes de l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris-Belleville, où elle s’était inscrite après un bac scientifique. «L’enseignement était très académique, les professeurs nous ont transmis une approche globale de ce métier. C’est là que j’ai compris pour la première fois l’importance de tenir compte du contexte historique, social, culturel. J’en ai aussi gardé la conscience que construire, c’est imaginer l’évidence, selon une expression empruntée à l’architecte portugais Alvaro Siza.» Des valeurs dont elle s’inspire immédiatement pour son travail de diplôme, consacré précisément à Périgueux. Une démarche totalement intuitive, pour laquelle la jeune étudiante se munit d’une caméra et longe la rivière, la voie ferrée, à la recherche de la meilleure façon de «Penser et panser la ville», le titre de son travail, l’idée étant de recoudre visuellement les espaces.
Après cela, Nathalie Mongé cherche à acquérir des outils qui lui manquent pour trouver une nouvelle façon de pratiquer son métier. Suite à un séjour de deux ans à New-York avec son mari, architecte également, le couple rentre en Europe. «Nous avions envie de nature, de paysage. Un ami nous a parlé de Genève, et la Suisse nous était familière par la qualité de son architecture – Le Corbusier, Herzog et de Meuron, Peter Zumthor, etc.» Trois ans après son arrivée, alors qu’elle est engagée dans un bureau d’architecture, une petite annonce vient changer le cours des choses.
Concilier les différentes échelles
La Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève, hepia, dispense, dans sa section «Construction et environnement», des formations HES en architecture, architecture du paysage et génie civil. Laurent Daune, professeur, cherche un-e assistant-e en architecture du paysage avec un pourcentage de formation continue, qu’elle choisit de suivre en énergie et développement durable dans l’environnement bâti. Il n’en fallait pas davantage pour faire enfin germer les convictions de Nathalie Mongé. «Après un an et demi comme assistante d’enseignement, je suis entrée dans un groupe de recherche comme adjointe scientifique.» Dans les valises du groupe, on trouve en vrac des travaux sur les villes de Payerne, ainsi que sur Prangins, un diagnostic du paysage sur 2500 kilomètres, et plus récemment, un projet sur des murs végétalisés.
«Je suis aujourd’hui davantage dans la vision que dans le détail. Le défi consiste à concilier différentes échelles et j’aime construire des ponts entre les disciplines. Travailler dans des équipes pluridisciplinaires constitue aussi un exercice très enrichissant.» Logique, cohérence, adéquation, globalité ponctuent le discours de Nathalie Mongé. Pour son diplôme en énergie et développement durable dans l’environnement bâti, dont l’objet était de valoriser les apports solaires gratuits, elle a conçu une «Serre Urbaine» qui chapeaute le bâtiment de l'école, avec des cultures maraîchères, des salles d’ateliers, des espaces communs. «Un lieu qui réunirait plusieurs disciplines, pour développer la recherche, l’enseignement et la pratique.» Un espace qui n’aurait pas besoin de chauffage. Seul bémol: le risque de surchauffe en été dans la cafétéria. "Mais pour un campus, vide en été, ça n'est pas vraiment un souci..." C'est cela, penser global.

Enveloppes végétales dans le contexte urbain
Dans notre société toujours plus urbanisée, en recherche d’espaces verts, les murs végétaux ont la cote. La plupart des modèles existants, constitués de pots empilés, ont malheureusement une durée de vie limitée, et leur entretien se révèle coûteux.
L’équipe pluridisciplinaire (architecte, paysagiste, agronome, ingénieur en physique du bâtiment et céramiste) emmenée par Nathalie, a conçu un concept plus écologique, qui se contente d’eau de pluie et améliore à la fois le climat urbain et la qualité thermique des bâtiments. Breveté, le mur hepia superpose plusieurs couches, la dernière étant composée de modules en céramique avec des trous interconnectés, comme des plaques de tuf. Des tests ont été réalisés sur le toit du bâtiment de l'école.
Depuis l’arrière, où se trouve la terre végétale, les plantes se fraient un chemin vers la lumière. Un partenaire industriel devrait bientôt commercialiser cette invention.

Texte: Carole Pellouchoud
Photos ©jph-daulte-photo.com-cc by-nc-sa