Portraits Etudiantes

Voyage au Maroc - Portraits des participantes

Huit élèves de l'Année préparatoire "Future Ingénieure" et trois finissant leur formation professionnelle accélérée de dessinatrice en bâtiments ont participé au voyage d'études dans le sud marocain. Leurs notes, observations et interviews ont permis de réaliser le premier dossier thématique de la rubrique "Gestion des ressources" de ce site.

  • Tania

    Tania Loureiro, 20 ans, Chavannes près Renens (VD)

    D’origine portugaise, Tania a vécu en Suisse dès l’âge de six mois, à Chavannes près Renens (VD). A l’adolescence, la série américaine « Urgences » l’incite à devenir médecin. En fonction de cet objectif, arrivée au gymnase, elle prépare une maturité en biologie/chimie. Lorsqu’elle assiste aux présentations de l’orientation professionnelle, la jeune fille se rend compte que devenir chirurgienne exige 12 à 16 ans d’étude… « Je ne me voyais pas passer autant de temps sur les bancs de l’Université, j’ai donc ajouté à mon cursus l’option complémentaire économie et droit. » explique Tania. Elle s’inscrit en Hautes études commerciales (HEC) à l' Uni de Lausanne, mais double sa dernière année de gymnase et doute. Elle passe alors des tests et on lui propose de s’intéresser aux filières de la HES-SO, notamment aux études de gestion. Titulaire d’une maturité gymnasiale, elle doit au préalable trouver un stage en entreprise. C’est le flop : vingt-trois lettres, vingt-trois refus. « Avec le recul, je me dis que c’était une chance. En gestion j’aurais échoué, en fait cela ne m’intéresse pas du tout.Si j’avais trouvé cette place de stage, je n’aurais jamais découvert que la mécanique me plaît ! » Car entre temps l’orientation professionnelle lui a parlé de l’Année préparatoire « Future Ingénieure », douze mois pour découvrir les filières techniques de la HES-SO. Et finir par s’inscrire en systèmes industriels où Tania étudie aujourd’hui.

  • Coralie

    Coralie Monney, 22 ans, Bussigny s/Oron (VD)

    Après une maturité gymnasiale en biologie/chimie, avec option économie et droit, Coralie commence les Hautes études commerciales (HEC) à Lausanne. « Je voulais comprendre l’économie pour pouvoir jouer un rôle dans ce monde-là, mais cela ne m’a pas plu, je détestais l’ambiance. Il faut dire qu’avec mes cinq petits boulots, je détonnais un peu », souligne la jeune fille de Bussigny s/Oron (VD), toujours poussée par ses parents à se débrouiller, « presque m’assumer moi-même, c’était beaucoup trop… »
    Comme son petit ami travaille dans le monde de la construction, elle s’y intéresse beaucoup, surtout au génie civil. Coralie commence donc à chercher un stage dans la branche, mais en surfant sur Internet, elle découvre le programme de l'année préparatoire « Future Ingénieure ». Elle décide de saisir cette chance offerte de découvrir divers métiers de l’ingénierie, et ne garde qu’un petit job de vendeuse. « J’ai aimé la diversité, et constater que j’avais le niveau en maths, physique et chimie, c’est encourageant ! », explique-t-elle.
    Longtemps, elle hésite entre ingénieure en génie civil et ingénieure designer. Elle finira par préférer cette deuxième filière avec une dimension artistique « qui permet d’exprimer sa personnalité, ses propres idées, tout en trouvant des solutions aux problèmes posés », explique l’étudiante. Et lorsqu’on lui demande si étudier avec une forte majorité de garçons la dérange, elle balaie cet éventuel bémol : « j’ai un très bon contact avec eux, et surtout j’ai l’habitude de travailler dur pour prouver ce que je vaux car je ne suis pas blanche. Ma mère m’a toujours dit que je devrai travailler plus pour avoir ma place » conclut Coralie.

  • Mariam

    Mariam Kaou, 19 ans, Vicques (JU)

    De Rabat où elle vivait avec ses parents et ses deux frères, Mariam a débarqué en août 2007 à Vicques, près de Delémont (JU), chez sa demi-sœur venue travailler en Suisse il y a 19 ans. But de cet exil ? Etudier dans le domaine de l’ingénierie. Une orientation technique privilégiée par son penchant naturel pour les sciences : « Petite je voulais devenir pilote, un rêve que j’ai dû abandonner à cause de ma mauvaise vue. Mais cela ne m’a pas réconciliée avec les matières littéraires pour autant, j’ai donc passé une maturité en maths », explique la jeune marocaine.
    Une scolarité supérieure encouragée par son père, inspecteur principal d’enseignement qui lui a toujours recommandé de bien étudier pour trouver un bon emploi. « Une chance, car cette attitude n’est pas encore généralisée au Maroc », sourit-elle. « Pendant l’Année préparatoire « Future Ingénieure », j’ai aimé découvrir plusieurs métiers, et apprécié la pratique et les visites en entreprises, qui permettent de voir concrètement à quoi sert ce qu’on apprend. Au Maroc, les études sont surtout axées sur la théorie. »
    Aujourd’hui Mariam poursuit son cursus à la HES-SO, dans la filière Systèmes industriels.

  • Sarah

    Sarah Lüscher, 20 ans, Chéserex (VD)

    Depuis la 7ème année d’école Sarah n’avait que le droit en tête. Logiquement, elle passe donc une maturité gymnasiale en économie et droit et commence l’Université. « Une expérience difficile : la matière était trop abstraite, en constantes nuances, nous étions trop nombreux et pas assez encadrés à mon goût. Tout cela aboutit au ratage d’un examen important, qui finit de me convaincre que j’avais idéalisé ces études, et qu’elles ne me convenaient pas du tout », raconte la jeune fille de Chéserex (VD).
    Comme de nombreux amis ingénieurs de son père avaient suivi une filière non universitaire, ses parents s’y montraient plutôt favorables. Sa mère avait soigneusement gardé le flyer de l’Année préparatoire « Future Ingénieure », distribué en fin de gymnase. Elle l’aiguille donc sur ce programme. Sarah est enthousiaste à l’idée de découvrir diverses filières. Elle a raison puisqu’elle va choisir la géomatique, « un métier dont je n’avais aucune idée mais qui m’a séduite tout de suite. J’aime l’idée de sortir sur le terrain. Que ce soit un métier peu connu me plaît aussi», précise-t-elle.
    Un domaine qui lui plaît, des parents contents, des amis ne demandant qu’à s’intéresser à cette branche peu conventionnelle : les études s’annoncent dans de très bonnes conditions. « Mais j’aurais pris cette décision de toutes façons, je le fais pour moi, pas pour les autres », conclut Sarah.

  • Sanae

    Sanae Ibzazene, 21 ans, Granges (SO)

    Avec un frère ingénieur en microtechniques en Suisse, l’occasion était trop belle pour que Sanae ne la saisisse pas : en septembre 2007, elle débarque à Granges (SO), dans le but de commencer des études en ingénierie, comme son frère n’a cessé de lui suggérer. « Moi je voulais devenir infirmière après mon bac en sciences expérimentales, mais mon frère m’a convaincu, appuyé par ma mère, qui a toujours voulu que je fasse de bonnes études pour réussir dans la vie », explique la jeune marocaine de Itzer, province de Meknes. A son arrivée elle n’en sait pas plus, ne connaît pas les filières et ne maîtrise pas le français. Son frère lui propose l’Année préparatoire « Future Ingénieure » pour découvrir les métiers possibles et progresser dans la langue de Molière « Au début, je n’aimais pas être ici, l’obstacle de la langue était pénible. Mais dès que j’ai commencé mon stage chez Bobst, j’ai fait des progrès, le travail me plaisait, tout a bien évolué.
    Durant son stage pratique de mécanique à Sainte Croix, Sanae découvre le tournage, apprécie particulièrement le fraisage et note au passage que « les garçons ont toujours été très sympas et d’accord de m’expliquer, même de m’aider dans mon travail ». La mécanique lui plaît, ainsi que la vie dans le Jura Vaudois. Il est vrai que Sanae est une fille de la montagne - au Maroc, elle vit à 1'700 mètres - alors… Un pays qu’elle se réjouit de retrouver, avec sa mère et ses sœurs qui lui manquent, une fois son diplôme d’ingénieure en poche.

  • Maria

    Maria Ihya, 21 ans, les Charbonnières (VD)

    Après un bac en sciences et maths dans sa ville d’Azron, Maria suit une classe préparatoire afin de réussir l’entrée dans une haute école marocaine. Son but : devenir ingénieure. Toute sa famille l’encourage, « au Maroc, toutes les filles disent que pour assurer leur avenir, il n’y a pas d’autre choix que les études. Et ingénieure est un bon métier pour une femme », explique la jeune marocaine. Elle réussit la première année, mais ne supporte plus l’énorme pression aux résultats (en 2007, sur 5'000 élèves, 1'600 ont été pris) et renonce à poursuivre en deuxième.
    « Comme ma sœur a épousé un ingénieur suisse, ils ont bien voulu m’accueillir ici le temps de mes études. Maria s’installe à la Vallée de Joux et passe des tests à l’EPFL. Ses résultats l’autorisent à suivre une année de maths spéciales. Une discussion avec le patron de son beau-frère, actif dans l’horlogerie, lui fait découvrir la HES-SO et ses possibilités. Puisqu'elle est titulaire d’un bac, Maria cherche donc le stage préalable obligatoire d’un an, en vain. C’est alors que le secrétariat de la HEIG-VD l’oriente vers l’Année préparatoire « Future ingénieure ».
    « J’ai adoré ! Moi qui ai toujours aimé la mécanique, je n’avais jamais fait de pratique. Au début je peinais à voir à quoi ressemblaient les pièces, maintenant j’arrive à les réaliser moi-même, c’est super ! J’aime comprendre comment est fait un objet, pourquoi on lui a donné une forme plutôt qu’une autre », note la jeune fille. Pendant les vacances, Maria travaille dans un atelier de microtechniques pour gagner un peu d’argent. Elle a ainsi réalisé combien elle appréciait cet environnement et qu’elle comprenait facilement le dessin des pièces. Elle s’est donc décidée pour la filière systèmes industriels.

  • Coralie

    Coralie Droz, 21 ans, St-Légier (VD)

    Adolescente, Coralie appréciait les chiffres et se voyait très bien travailler dans la comptabilité ou la gestion. Elle s’engage donc à la préparation d’une maturité en économie et droit. Des cours qui vont lui faire changer d’avis, « je ne me voyais vraiment pas faire ça toute ma vie ! », note-t-elle. Du coup son projet professionnel est complètement à revoir. « En dernière année, j’ai parcouru toute la brochure de l’orientation professionnelle et me suis arrêtée sur l’architecture ». Avec une maturité gymnasiale, deux voies s’offrent à elle, l’EPFL ou une formation professionnelle accélérée permettant d’obtenir un CFC en deux ans (un jour de cours en école professionnelle et le reste de la semaine chez un patron), suivie d’études HES. « Je n’avais pas envie, après trois ans de gymnase, de me relancer dans six ans d’études, sans être sûre d’avoir un diplôme au bout. Psychologiquement, je préférais m’engager par étapes », explique la jeune fille. Un choix qui offre aussi la sécurité d’obtenir un papier en cours de route, au cas où les études ne sont pas menées à leur terme. « On ne sait jamais, on peut en avoir marre, vouloir une autre vie ou y être obligée car les parents n’ont plus les moyens financiers », résume Coralie avec sagesse.
    La jeune fille a bien sûr apprécié de pouvoir préparer un CFC en seulement deux ans, mais est bien consciente de ne pas être aussi au point techniquement que les apprenti.e.s classiques. « Cette passerelle fait gagner du temps et c’est très bien si on continue des études. En revanche, pour travailler directement, je trouve qu’on manque de pratique », constate-t-elle. Un écueil qui ne se dresse pas sur sa route puisque Coralie aborde ses études supérieures d’architecture à l’Ecole d’ingénieur-e-s et d’architectes de Fribourg.

  • Joanne

    Joanne Villa, 22 ans, Ste-Croix (VD)

    Adolescente, Joanne hésite entre professeure de sport, la géologie ou l’architecture. Mais à la fin du gymnase elle se décide pour cette dernière branche. « Déjà petite, je dessinais tout le temps ma future maison et j’ai aimé aussi aider mon père à la rénovation de la maison familiale à Ste-Croix », note la jeune Vaudoise. Restait encore à choisir un parcours d’études, puisqu’on peut devenir architecte en suivant un cursus à l’EPFL ou à la HES. « Je me suis rapidement décidée pour la Haute Ecole Spécialisée, passer par le concret pour en déduire la théorie me plaît davantage que des purs concepts abstraits. En plus, à la HES, on obtient un bachelor en 3 ans, puis un master deux ans après. Si on ne peut ou veut pas étudier 5 ans, on ne sort pas sans rien », précise Joanne.
    Avec une maturité gymnasiale, il faut encore trouver un stage obligatoire d’un an avant de commencer les études. « Passer douze mois en entreprise pour balayer et préparer le café, sans cours du tout, ne me disait rien. En consacrant un an supplémentaire, je pouvais obtenir un CFC grâce à la formation professionnelle accélérée. J’ai heureusement trouvé un patron architecte d’accord de m’embaucher avec le statut d’apprentie dessinatrice en bâtiment avec un jour de cours en école professionnelle et le reste de la semaine chez lui », explique Joanne.
    Un choix qu’elle ne regrette pas, elle a aimé se familiariser avec le monde du travail « même si ce n’est pas toujours facile » et découvrir un plaisir personnel, celui de moderniser des habitations en respectant leur caractère. « Cela permet d’allier l’architecture et l’histoire, qui me plaît. Une fois diplômée j’aimerais travailler dans ce domaine. Et si je peux, imaginer et construire ma maison, bien sûr ! ». Aujourd’hui Joanne poursuit ses études à l’Ecole d’ingénieur-e-s et d’architectes de Fribourg.

  • Joelle

    Joëlle Brunner, 21 ans, Bottens (VD)

    Joëlle aime le dessin et s’intéresse très tôt au métier d’architecte. Après avoir obtenu une maturité gymnasiale en arts visuels et hésité à se lancer dans le multimedia, elle choisit d’entamer une formation accélérée de dessinatrice en bâtiments en deux ans (un jour de cours en école professionnelle et le reste de la semaine chez un patron) pour obtenir un CFC, puis rallier l’Ecole d’ingénieur-e-s et d’architectes de Fribourg. « J’ai préféré cette voie à celle de l’EPFL parce que j’avais envie de connaître le monde du travail et me voyais davantage dans une HES qui privilégie la pratique, les aspects techniques et concrets plutôt que des cours d’architecture théoriques, de réflexion sur des grands projets », explique la jeune vaudoise.
    CFC en poche, elle ne regrette rien, bien au contraire. Une fois habituée au rythme – elle dit avoir mis 6 mois pour ne plus être fatiguée en permanence – Joëlle a beaucoup aimé la vie en entreprise, qui implique des relations avec des gens de tous âges. « J’étais aussi fière de gagner un peu d’argent, et je sais que cela va me manquer au début des études d’architecture. Heureusement, mon patron m’a déjà dit qu’il m’embaucherait pendant les vacances », précise-t-elle.

  • Sarah

    Sarah Clisson, 22 ans, Neuchâtel (VD)

    Lorsque Sarah apprend qu’elle a échoué sa première année de médecine pour la deuxième fois, un grand stress s’ajoute à sa déception. Elle a une semaine pour choisir une autre branche d’études, alors qu’elle n’y a jamais réfléchi : depuis l’âge de dix ans, elle veut soigner les gens. C’est ainsi qu’elle se catapulte en faculté de droit, réussit sa première année et renonce. « En 2ème année, tout-à-coup j’ai su que je ne voulais pas faire ça, je m’ennuyais. J’ai compris que je tenais à pouvoir appliquer tout de suite ce que j’apprenais en théorie. Je me suis donc tournée vers la HES-SO, mais titulaire d’une maturité gymnasiale je devais au préalable trouver un stage d’un an », confie la jeune neuchâteloise. Sur le point de partir travailler douze mois aux USA, elle apprend par hasard l’existence de l’Année préparatoire « Future Ingénieure », prend rendez-vous et c’est fait. Elle va découvrir pendant un an les métiers de l’ingénierie.
    Cette expérience va permettre à Sarah de préciser ses projets d’avenir: elle préfèrera la filière ingénieure designer à celle de microtechniques. Mais sans laisser son stress à la porte de la classe : « c’est ma dernière chance de suivre de hautes études, et si cela ne marche pas, je n’ai qu’un bac en mains, c’est-à-dire rien »soupire-t-elle. Mais elle sait qu’à la HES-SO, elle travaillera avec un cadre, des contrôles continus, une structure, et ça la rassure. « J’en ai besoin pour m’en sortir » conclut Sarah.

  • Fanny

    Fanny Ciocca, 20 ans, Bottens (VD)

    Depuis toute petite, Fanny aime et montre un talent pour le dessin. Après un certificat en maths –physique, elle bifurque naturellement vers une maturité gymnasiale artistique, puis rallie l’ECAL (l’Ecole cantonale d’art de Lausanne). Cela ne lui convient pas du tout. « C’était très stressant, pas valorisant. Je me sentais à côté du sujet, l’état d’esprit était davantage à la compétition qu’à l’expression artistique. Et moi je n’avais pas assez confiance en moi pour résister au jugement des autres », raconte la jeune fille. Elle subit là son premier échec, la période est difficile. Son père la soutient dans ses recherches et trouve l’information sur l’Année préparatoire « Future Ingénieure ». Fanny entre en matière, la technique étant son deuxième pôle d’intérêt. « Très curieuse de nature, j’ai aimé cette année qui m’a permis de souffler, de découvrir un apperçu de plusieurs métiers. Et j’ai eu des réponses à des questions que je me posais depuis longtemps, style comment ça marche », sourit Fanny.
    Abordée dans l’idée d’étudier l’informatique, l’Année préparatoire « Future Ingénieure » va permettre à la jeune vaudoise de se laisser séduire par le génie électrique et la mécanique. Et le choix final ? « C’est la mécanique, car elle implique un mouvement, une dynamique, cela me plaît.» Etudier avec une majorité de garçons stresse Fanny qui dit avoir un peu peur de leur regard. « Une fille perd vite sa crédibilité, j’ai tant de trucs à prouver, à moi et aux autres, je n’ose pas faire de fautes » soupire-t-elle.