Interview de Darius Rochebin

Entre confort et bonne conscience

Présentateur du journal du soir de la TSR depuis 1998, Darius Rochebin est bien placé pour observer le pillage des ressources naturelles et ses conséquences sur la planète. Nous lui avons demandé ce qu’il faisait, à son niveau, pour la préserver.

Quel type d’énergivore êtes-vous ?

Je reconnais avoir de la peine à me discipliner sur les petits gestes du quotidien. Utiliser une feuille de papier des deux côtés, éteindre mon ordinateur ou la lumière en sortant d’une pièce, ne sont pas des préoccupations constantes. Je privilégie les aspects pratiques et préfère viser les grosses économies d’énergie. Je fais attention au chauffage, je voyage très peu en avion pour mes loisirs, je n’utilise ma voiture que pour des trajets courts et lorsque c’est vraiment plus pratique. J’ai un mode de vie frugal. Je choisis une alimentation de saison pour des raisons écologiques, mais aussi parce c’est meilleur pour la santé. Après avoir vu des reportages sur la manière dont les jus d’orange industriels sont fabriqués et les conditions de travail des ouvriers, j’ai cessé d’en boire.

Qu’évoquent pour vous les économies d'énergie ?

En premier lieu ma mère qui me disait de fermer le robinet. Aujourd’hui, c’est ma compagne qui a pris la relève. J’ai la mauvaise habitude de laisser couler l’eau lorsque je me lave les dents, par exemple.

Si nous devions faire d’énormes économies d’énergie, de quoi vous passeriez-vous le plus facilement ?

(Après un temps de réflexion) Je serais prêt à économiser encore plus sur le chauffage. Ca doit être mon côté médiéval !

Qu’est-ce qui vous coûterait le plus ?
Renoncer à la voiture. J’y suis venu tard : mes parents n’en avaient pas et je n’ai eu le permis qu’à 30 ans. Jusque-là, je devais toujours compter sur les autres lorsque le lieu était difficile d’accès par les transports publics. Quand on a découvert la liberté qu’offre une voiture, difficile de revenir en arrière !

Vous avez une petite fille qui a soufflé sa première bougie en janvier dernier. Cela vous rend-il plus sensible à l’état de la planète ?

Oui, bien sûr ! Ce qui m’angoisse surtout, c’est la pollution. Je suis très attaché à la nature, j’aime m’y promener et je suis frappé de constater le nombre de forêts, notamment en Suisse Romande, qui sont saturées de déchets. Lorsque j’étais enfant, on pouvait déjà constater que la faune et la flore étaient mal en point. Aujourd’hui, ça ne s’est pas arrangé. Il n’y a plus de forêt qui respire vraiment, la faune locale disparaît. Tout est envahi par le bitume et les villes. Oui, ça rend triste.

Qu’est-ce qui vous choque le plus ?

Les sacs en plastique au milieu de l’océan ! Ils sont utilisés en moyenne 20 mn avant d’être jetés et ils vont mettre entre 100 et 400 ans à disparaître. Savoir que le milieu des océans ressemble à une gigantesque poubelle, que les poissons, les tortues et les oiseaux marins les mangent et en meurent, c’est une part du rêve qui disparaît. Maintenant, on ne peut pas non plus arrêter de vivre… Il faut donc trouver un équilibre entre notre confort et notre bonne conscience. Par nature, je me méfie des extrêmes, des ultras. J’ai des copains très branchés recyclage, attentifs à la préservation de la planète et qui adorent les sports extrêmes en pleine nature. Ils pratiquent régulièrement l’héli-ski et ça ne leur pose aucun problème… Pour ma part, j’aurais de la peine à me faire héliporter, mais je ne pense pas non plus que laisser mon ordinateur en veille représente une catastrophe pour la planète. Pour la préserver, je crois beaucoup plus aux économies réalisées sur les gros dévoreurs d’énergie et à un mode de vie frugal, donc naturellement écologique.

Les ingénieur-e-s ont le sentiment d’être peu valorisé-e-s dans les médias et que l’on en parle uniquement lorsqu’il y a un problème. Quel est votre point de vue sur la question ?

Je crois que tout le monde est conscient que le travail fin d'ingénierie et, de manière générale, le progrès technique est un front crucial dans l'amélioration du bilan énergétique. Au journal, nous faisons d'ailleurs de plus en plus de sujets explicatifs sur ce type de progrès scientifiques.

Propos recueillis par Patricia Bernheim
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